Sahel : Au Mali, deux nouvelles vidéos d’otages, piqûres d’espoir pour leurs proches

L’infirmier sud-africain Gert Jacobus van Deventer et l’homme politique malien Abdou Agouzer Maïga lancent un appel à l’aide pour leur libération.

Ces petits films d’une ou deux minutes sont devenus un triste rituel. On reconnaît instantanément une vidéo d’otage tournée au Sahel. Mêmes décors de draps tendus, même lumière jaune qui filtre à travers la toile, mêmes tenues traditionnelles, même cadrage de la caméra, mêmes phrases d’appel à l’aide… Pour les familles qui les regardent en boucle et en scrutent les moindres détails, elles sont toujours une bouffée d’espoir. Pour les négociateurs, elles constituent une «preuve de vie». Pour les jihadistes, elles sont un outil de communication, un levier à actionner dans les tractations.

Dimanche, deux nouvelles vidéos d’otages ont circulé sur les réseaux sociaux. La première montre le Sud-Africain Gert Jacobus van Deventer, la seconde le Malien Abdou Agouzer Maïga. Selon leurs propres mots, elles ont été enregistrées le même jour, le 26 mai. Les deux hommes sont retenus captifs dans le nord du Mali, aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, selon l’acronyme en arabe de l’organisation), affilié à Al-Qaeda. Gert Jacobus van Deventer, 48 ans, demande «urgemment de l’aide ou toute forme d’assistance pour faciliter ou activer toute action qui puisse conduire à [s] a libération». L’ancien député Abdou Agouzer Maïga, lui, implore le président de la transition et chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, et le Premier ministre, Choguel Maïga, de «tout faire pour négocier [s] a libération».

«Tuniques de mauvaise qualité»

«Gerco» van Deventer a été kidnappé en Libye en novembre 2017. Infirmier, il travaillait pour une société de sécurité et se rendait sur le chantier de construction d’une centrale à mille kilomètres de la capitale, Tripoli, quand il a été enlevé par un groupe criminel. Il aurait ensuite été revendu au Jnim et transféré dans le nord du Mali. Le journaliste Olivier Dubois, correspondant de Libération au Mali libéré le 20 mars dernier, a passé dix-neuf mois à ses côtés en captivité. Il a immédiatement reconnu le drap qui sert de toile de fond à la vidéo. «On a reçu cette couverture le 20 décembre, le même jour que les tuniques de mauvaise qualité que Gert porte à l’image, c’est celle qu’on utilise la nuit pour se protéger du froid, indique le reporter. Gert récite un texte qu’il a déjà prononcé dans les précédentes vidéos, que je lui avais moi-même écrit, puis dicté, pour attirer l’attention des médias et des pouvoirs publics sur son cas.»

Pour Olivier Dubois, la diffusion d’une nouvelle vidéo est nécessairement une «bonne nouvelle» : «Cela peut signifier deux choses : soit c’est une preuve de vie et cela signifie que les négociations avancent ; soit ses ravisseurs font de la publicité sur son cas parce qu’ils veulent justement ouvrir des discussions pour s’en débarrasser en le relâchant.» L’otage sud-africain, longue barbe et crâne bien rasé, qui paraît en bonne santé, a déjà tourné une dizaine de vidéos en cinq ans et sept mois de captivité. La dernière datait du 15 mars. «Chaque communication apporte un peu d’espoir», a commenté auprès de l’Agence France Presse son épouse, Shereen van Deventer.

«Nous prions et espérons une issue heureuse»

L’ONG sud-africaine Gift of the Givers, mandatée par la famille de l’otage en 2019 pour négocier avec les ravisseurs de Gert Jacobus van Deventer, affirme que la vidéo est une preuve de vie enregistrée à sa demande. «Le négociateur de Gift of the Givers, Mohamed Yehia Dicko, a reçu tôt dimanche cette vidéo. Il est actuellement au Mali pour discuter avec des intermédiaires et des acteurs importants afin d’inciter les ravisseurs à libérer Gerco sans condition, assure Imtiaz Sooliman, le directeur de l’ONG. Il s’agit d’une semaine extrêmement importante pour le processus, nous prions et espérons une issue heureuse. Il n’est pas question de rançon : la famille n’a pas d’argent et le gouvernement n’est pas impliqué.» Au Sahel, le paiement d’une rançon est pourtant une pratique quasi systématique dans le cas des libérations d’otages qui ont été détenus par le Jnim sur une longue durée.

Dans la deuxième vidéo diffusée dimanche, tournée avec une couverture différente tendue à l’arrière-plan, l’ancien député Abdou Agouzer Maïga semble s’exprimer avec difficulté. Le membre du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR), parti de l’actuel Premier ministre Choguel Kokala Maïga, a été kidnappé le 23 avril à Koutiala, dans la région de Sikasso (sud). Rien n’indique que le Malien est aujourd’hui détenu avec Gert Jacobus van Deventer, enlevé à 2500 kilomètres de là, mais la diffusion simultanée des deux vidéos peut le laisser présager. «Je souffre beaucoup, de maladie, de la chaleur», insiste le notable malien, énumérant ses problèmes de santé – «glaucome, hypertension et diabète».

Source : Libération 

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