Référendum Constitutionnel et Laïcité : Le gouvernement convoque le collège électoral, la ligue des Imams se fâche !

Le Conseil extraordinaire des Ministres du vendredi 05 mai 2023, a convoqué le collège électoral pour la tenue du référendum constitutionnel, prévu pour le dimanche 18 juin 2023 sur toute l’étendue du territoire national et dans les missions diplomatiques et consulaires, à l’effet de se prononcer sur le projet de Constitution.

Surprise, de cette décision du gouvernement de voter la nouvelle constitution sans retirer le mot laïcité, Limama sort de sa réserve et interpelle le chef l’Etat. Sans perdre de temps, les soutiens (plusieurs associations islamiques dont la CMAS) de la Ligue des Imams et Érudits du Mali (LIMAMA) sont montés au créneau le lendemain, 6 mai 2023 en faveur d’une conférence de presse, tenue au CICB pour dire non à la laïcité. L’objectif de la rencontre était d’informer l’opinion nationale et internationale sur leur soutien indéfectible à la ligue des Imams et Érudits du Mali (LIMAMA) contre la laïcité contenue dans l’avant-projet de la nouvelle constitution.

Le dimanche 18 juin 2023, les électeurs sont appelés aux urnes pour répondre par un « OUI » ou par un « NON » pour la validation et l’adoption de la nouvelle Constitution. Dans certains milieux religieux cet avant projet de constitution divise. En cause le mot ‘’Laïcité’’ contenu dans le document fait polémique. Selon les explications officielles la forme républicaine et la laïcité de l’Etat ainsi que le multipartisme ne peuvent faire l’objet d’une révision.

Car la laïcité est un principe essentiel pour protéger ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. L’Etat s’appuie sur la loi fondamentale qui est la constitution et chacun est libre de suivre sa croyance que tu sois musulman, chrétien, athée ou autres. Bref, l’Etat n’interfère dans les « Affaires de Dieu» dans la gestion de la cité. Un principe jugé anti religieux pour certains.

« Un loup restera toujours un loup »

Pour les religieux, il faut la moralisation de la vie politique. C’est dans ce cadre, que certains exigent d’adapter notre constitution à nos valeurs religieuses et sociétales. De briffer le mot « laïcité » du projet de constitution ou de le remplacer par le mot multiconfessionnel ou d’autre chose pour ne pas pervertir l’Etat. A les en croire, la perversion de l’Etat est la cause de tous les dangers qui guettent le pays. Donc de retourner à Dieu pour que la paix règne au Mali.

Car, selon eux le monde appartient à Dieu et on ne doit rien faire sur cette terre sans associé le créateur des cieux et de la terre. A les en croire, le fait d’ignorer Dieu et en s’appuyant sur la laïcité que notre pays a connu des conséquences néfastes engendrées par l’imposition de la laïcité dans notre système éducatif, nos services publics, et notre société en général. Pour eux, cet état d’esprit va directement contre la religion parce que chacun fera ce que bon lui semble. Pour les conférenciers, la laïcité n’est autre qu’un joug idéologique et culturel hérité de la colonisation française et imposé aux colonies.

« Nous devrons sortir de cette pratique anti religion, nous avons nos propres valeurs idéologiques et religieuses.» a martelé Abdoul Kadiri Haïdara, coordinateur général du mouvement de soutien à LIMAMA avant d’ajouter que : « En effet, malgré ses conséquences dévastatrices sur notre pays de l’indépendance jusqu’à nos jours, la laïcité a été maintenue et définie comme ne s’opposant pas aux croyances religieuses. Or, un loup restera toujours un loup, qu’il soit à Paris ou à Bamako, Il va sans dire que la première des souverainetés est celle de la souveraineté idéologique. Considérant que la refondation du Mali passe essentiellement par la libération idéologique de notre pays, Considérant que la laïcité ne signifie nullement la liberté de culte et de croyances qui a été toujours garantie par le vaillant peuple du Mali riche de sa diversité culturelle et religieuse.

Considérant le rôle déterminant que joue la Ligue des Imams et Érudits du Mali ( LIMAMA ) dans notre pays Considérant le fait que la Loi fondamentale de notre pays engage tout le peuple malien, Considérant la nécessité d’adapter notre constitution à nos valeurs religieuses et sociétales, Convaincues qu’il ne saurait y avoir de vraie refondation possible au Mali, vielle terre d’Islam , sans référence à Dieu, Convaincues qu’il ne saurait y avoir de vraie refondation possible au Mali, vielle terre d’Islam , sans référence à Dieu »

Cette interprétation du mot laïcité est devenue de nos jours, une source de tension et division au sein des tendances religieuses au Mali et une équation à plusieurs inconnues pour l’Etat. Alors que le simple fait d’introduire au niveau de la prestation de serment comme au Niger que le président de la République peut jurer sur le Coran ou sur la Bible dans la nouvelle constitution peut être une porte de sortie et un point d’accord entre les antagonistes.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Selon le communiqué du gouvernement, le projet de Constitution soumis au référendum est initié dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations des Assises nationales de la Refondation. Il a été élaboré de façon participative avec les représentants de toutes les forces vives de la nation.

Mais selon le coordinateur général du mouvement de soutien à LIMAMA, le mardi 11 octobre 2022 la première Commission de rédaction de la nouvelle constitution a remis au Président de la Transition le Colonel Assimi GOITA l’avant-projet de la nouvelle constitution du Mali.

« Suite à la publication dudit document de nombreuses organisations dont la Ligue des Imams et Érudits du Mali (LIMAMA), ainsi que des leaders d’opinion ont revendiqué la suppression du concept de la laïcité dans notre constitution. Ces différentes revendications ont poussé le Chef de l’État à mettre en place une commission de finalisation en vue de créer le maximum de consensus autour du texte proposé. Hélas ! Ladite commission de finalisation a manqué de courage pour s’assumer face à l’histoire en libérant notre pays du joug idéologique et culturel hérité de la colonisation française. » a-t-il révélé M. Haidara.

Appel à voter Non!

Pour non satisfaction à cette doléance un front «Anti-laïcité » est créé et composé de plusieurs organisations islamiques, politiques, citoyennes, syndicales et d’autres personnalités. A en croire, le coordinateur ce front n’est pas opposé à la transition, ni au Président de la Transition, encore moins au referendum. Il demande seulement a être écouté et respecté dans son choix. C’est pourquoi Abdoul Kadiri Haïdara dira : « Nous demandons également au Président de la Transition, Chef de l’État, Son Excellence le Colonel Assimi GOITA, ainsi qu’à l’ensemble de son Gouvernement de bien vouloir ouvrir les voies et canaux de discussion, de consultation, de dialogue et de concertation avec la LIMAMA et tous les acteurs impliqués dans ce mouvement pour trouver une solution définitive à cette question de la laïcité. »

Dans le cas échéant, « Nous nous réservons le droit constitutionnel de mener campagne dans le cadre de la loi électorale pour appeler l’ensemble du peuple malien à voter Non! contre ce nouveau, projet de constitution. Loin de nous l’idée d’en arriver à ce niveau. Car ce seront des milliards de francs CFA qu’on risque de gaspiller alors qu’ils pourraient servir ailleurs. » a-t-il averti.

A noter que la campagne électorale, à l’occasion du référendum constitutionnel, est ouverte le vendredi 02 juin 2023 à zéro heure. Elle est close le vendredi 16 juin 2023 à minuit.

Les électeurs auront à répondre par « OUI » ou par « NON » à la question : « approuvez-vous le projet de Constitution ? ».

Le bulletin de vote de couleur blanche correspond au « OUI » et le bulletin de vote de couleur rouge au « NON ».

Pour l’instant, les questions qui taraudent les esprits sont les suivantes : est ce que l’Etat est prêt à organiser les élections le 18 juin 2023 ? Si oui, les électeurs vont voter avec quelle carte d’électeur ? Est-ce que les doléances financières et matérielles de la Cour constitutionnelle sont satisfaites pour superviser ce referendum ? La tenue de cette élection référendaire ne va-t-elle pas impacter sur le calendrier des examens du baccalauréat prévus le lundi 19 juin 2023 ? Toutes les localités du pays pourront elles voter ? Est-ce que ce projet de constitution a été largement expliqué aux Maliens ?

ABD

Source : L’Enqueteur

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