Processus de transition au Mali : Quel renouveau sans une collective remise en cause ?

Comment peut-on aller au changement sans que l’homme et les pratiques maliens ne soient remis en cause. Les coups d’Etat risquent, dans ce cas, d’être de simples coups d’épée dans l’eau.

Les coups d’Etat se multiplient et semblent se banaliser, avec tous, comme leitmotiv, le besoin de changement de la gouvernance de nos pays, surtout en Afrique francophone. Et le Burkina Faso semble s’en donner à cœur joie, comme s’il y a un prix de meilleur putschiste à gagner.

Au Mali, tous les instigateurs et meneurs des coups d’Etat ont clamé leur détermination à opérer des « changements » profonds dans la conduite des affaires du pays. Mais, à l’analyse, aucun de ces « actes » d’interruption de la marche institutionnelle normale du pays n’a pu faire atteindre ce noble objectif.

En effet, la mobilisation populaire ayant conduit à la chute du président IBK, le 18 août 2020 a mis l’accent sur l’impératif de refonder la gouvernance du pays. Le « Mali-kura »(Malikura) était sur toutes les lèvres. Mais, il semble que l’on a oublié que ce Mali nouveau ne peut se faire sans un nouveau Malien. Comment l’homme malien peut-il opérer quand il garde ses travers dans la conception même du bien public, de l’Etat ?

A titre d’exemple, plus d’un Malien pense vivre sur le dos de l’Etat. Rares sont ceux qui conçoivent devoir payer leurs impôts, devoir respecter le bien public, etc. Combien sont-ils à croire que le Directeur général d’une structure de l’Etat doit leur donner de l’argent ? Ils sont nombreux à croire que le ministre doit contribuer à leurs charges familiales parce qu’ils sont ses proches ou ses voisins du quartier. C’est ainsi qu’ils mettent d’énormes pressions sur les gouvernants afin que ceux-ci les assistent financièrement pour diverses raisons. Toute chose qui incite ces ministres et autres responsables administratifs à des pratiques malsaines de mauvaises gouvernance, comme des détournements de deniers publics.

En outre, ces comportements ont des conséquences négatives sur le respect dû aux ressources publiques, dans la mesure où les postes de responsabilité sont finalement considérés comme un ascenseur social.

C’est pourquoi, au lieu de considérer le poste administratif comme un moyen pour servir le pays, l’intérêt général, cette position est prise pour une opportunité rêvée de s’enrichir. Conséquence : la délinquance financière aura du mal à être maîtrisée. Ce qui fait qu’il n’est pas exclu que durant la transition militaire (avec un petit dosage civil) en cours, l’on entende encore parler des cas de malversations. Les mêmes causes ne produisent-elles pas les mêmes effets ? Avec les mêmes mentalités et les mêmes pratiques de gestion des affaires publiques, il n’est pas étonnant que le changement promis ait du plomb dans les ailes. De là à conclure que le changement attendu est un mirage, il n’y a qu’un petit pas vite franchi.

Il faut rappeler de même qu’auparavant, les auteurs du coup d’Etat de 1968 ayant donné un coup d’arrêt à la marche du pays enclenchée par le président Modibo Kéita, avaient promis une meilleure gouvernance au pays. Au contraire, Moussa Traoré et ses camarades ont géré le pays avec une main de fer.

Puisqu’ils poseront les bases d’une dictature ayant étouffé toutes les libertés et stoppé les initiatives économiques porteuses du régime de Modibo Kéita. Même si la corruption et la délinquance financière n’étaient pas devenues un phénomène de mode comme de nos jours, le pays a sombré dans la paupérisation des masses. Ce qui incitera à l’accomplissement de la révolution de mars 1992. Celle-ci avait surfé sur la démocratie gage du développement. Après deux décennies de pratiques démocratiques, la déception est plutôt retentissante. Et la suite est connue de tous, avec le bal des « milliardaires de la démocratie » !

Boubou SIDIBE/maliweb.net

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