Portrait : Tisserant malgré son handicap

Mohamed Doumbia est Tisserant depuis l’âge de 12 ans. Aujourd’hui âgé d’une cinquantaine d’années, il est né avec cette infirmité provoquée par la poliomyélite. Pour autant, cela n’a pas affecté son désir de poursuivre son rêve d’adolescent. En effet, tisserand de père en fils, de nos jours, il a pris la relève et compte à son tour transmettre son savoir à sa progéniture.

Après plus d’une trentaine d’années dans le métier, Mohamed est un fin connaisseur dans le domaine. Ce travail qui est purement manuel requiert une bonne connaissance et une bonne habilité. Cependant, le cas de notre interlocuteur a quelque chose d’exceptionnel. Il est infirme. Une incapacité physique depuis sa naissance causée par la poliomyélite. Par contre, cela ne l’a pas empêché de réaliser son rêve qui consistait à fabriquer des tissus brodés de manière artisanale.

En principe, un tisserand doit avoir tous ses membres dans l’exercice de ce métier. Contre toute attente, notre artisan demeure une exception car il n’utilise qu’une seule jambe pour un travail qui en nécessite deux. « Pour pallier ce défaut, j’ai dû modifier mon outil de travail pour l’ajuster en fonction de mes capacités physiques. Normalement, chaque pied à un rôle à jouer lorsqu’on tisse. Vu que j’ai une malformation avec le pied gauche, je ne pouvais plus l’utiliser. C’est ainsi qu’on a conçu spécialement mon matériel. », Nous confie notre interlocuteur.

Dans son récit, il a déclaré que pour fournir une dizaine de mètres de tissus, il faudra fournir des efforts immenses qui nécessitent parfois des jours de travaux. Dans son explication, M. Doumbia a laissé entendre qu’ « en fonction du motif commandé, nous établissons nos tissus. C’est un travail minutieux qui nécessite beaucoup de concentration et d’expérience. Les gens pensent que c’est un travail facile mais ce n’est pas le cas. Je travaille très dur pour achever une commande ».

Selon lui, pour achever un rouleau de tissu, il faudra tout d’abord se procurer des fils qui seront ensuite montés sur l’outil de montage. L’installation se prolonge sur une quinzaine de mètres et plusieurs files de tissus sont associés pour être ensuite travaillés pour obtenir un ensemble. « Pour atteindre la perfection, je travaille avec un maximum de concentration. Par rapport aux autres compagnons, je mets un peu plus de temps pour finir ma commande mais le résultat est le même. Là où on doit utiliser deux pieds, moi j’en utilise un seul, et c’est qui me ralenti mais seulement un tout petit peu », dira-t-il.

Impacte

Mohamed Doumbia a confié à la rédaction de maliexpress.net qu’il vit de son travail. Avec ses sept enfants qui sont tous scolarisés, il affirme subvenir à leur besoin et à celui de la famille entière. Pour lui, c’est un travail qui nourrit bien son homme quand on a la volonté de travailler. Dans cette logique, il a estimé que l’infirmité en aucun cas ne doit constituer un blocage pour un individu. C’est cela qui lui a valu la sympathie d’un grand nombre de clients qui préfèrent ses tissus. Dans cette vision, Doumbia dira : « Je n’ai jamais voulu vivre au dépend de qui que ce soit, j’ai choisi de vivre de façon indépendante. Je ne veux pas qu’on voit en moi un infirme qui tend la main pour vivre, mais je suis un vrai combattant qui met en valeur sa connaissance et son savoir-faire pour se faire de l’argent ».

Principal client de notre tisserand, Fanta Diakité affiche son admiration pour cet artiste qu’elle qualifie de maître. Pour elle, c’est un exemple que tous les individus qui ont des infirmités doivent suivre. Ce qui lui fera dire que M. Doumbia est l’illustration parfaite de la combativité dans une société donnée. « Je préfère la qualité des tissus de cet artisan pas forcément à cause de sa personne mais à cause de la qualité de son produit. Il exécute un travail exceptionnel. Les mélanges de ses tissus sont incontestablement meilleurs que pour ses autres collègues. On ne sent même pas que c’est un infirme car il n’inspire pas de la pitié. Il travaille comme une personne qui n’a aucun problème physique et c’est un plaisir de faire affaire avec lui », confesse notre cliente.

Pour ce qui est de la vente de ses articles, Mohamed dira que ces derniers temps, il y a un certain ralentissement dans la passation des commandes. Les clients sont devenus un peu rares à cause de la crise, selon son point de vue. Par ailleurs, il a affirmé que l’essentiel de ses tissus sont destinés pour l’exportation. Comparativement aux modèles conçues avec les machines, il soutiendra que les clients préfèrent de loin ceux qui sont faits par la main. Car il estime que c’est cela qui met mieux en valeur la tradition malienne. En outre, les prix du mètre dépend des motifs choisis, ‘’nous n’avons pas un prix fixe pour nos différents produits finis. Plus le motif contient plusieurs combinaisons de files, plus le prix est élevé’’, précise-il. Et d’ajouter que la vente se fait généralement par ‘’trois mètres’’.

« Nous vendons le trois mètres à 12.000 F CFA. Et là, il ne s’agit pas d’un modèle très compliqué. Pour les motifs composés de plusieurs files en couleurs, le prix peut être un peu plus élevé. Il ne faut pas aussi oublier que nous achetons ces files avec d’autres personnes et cela est aussi couteux », explique-t-il.

De toute évidence, Mohamed Doumbia à travers son métier entend faire passer un message à tous ceux qui vivent avec une infirmité. De son point de vue, personne ne doit en souffrir ni avoir honte de ce qu’il est. Ce père de famille travaille au quotidien et déclare vivre convenablement de cette profession qu’il exerce depuis son enfance.

Ahmadou Sékou Kanta pour maliexpress.net

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