Polémique autour de la prolongation de la transition : Vers une épreuve de bras de fer dans les rues ?

S’achemine-t-on vers une épreuve de force faite de confrontations dans les rues entre anti et pro-transition ? Des signaux le laissent penser, dans la mesure où des acteurs politiques majeurs annoncent qu’ils ne reconnaîtront plus les autorités actuelles de transition à compter du 25 mars prochain.

Dans la perspective de la révision de la charte de la transition, le débat se focalise désormais entre les Maliens qui aspirent à prolonger le règne des putschistes d’août 2020 et ceux qui  veulent un rapide retour à l’ordre constitutionnel normal. Et certains raccourcis osés qualifient les premiers de « patriotes » et les seconds de « démocrates ». Non sans dénigrer ce dernier camp de Maliens « d’apatrides » ou « vendus à la France » ou « pro-CEDEAO » ou encore amis de la communauté internationale, dans la mesure où les partenaires internationaux du Mali ne cessent d’exiger une transition courte, fondée sur un « chronogramme acceptable ».

Or, il semble que le pouvoir de transition du Mali table sur une prolongation devant s’étaler sur 4 ans ou tout au moins sur les trois prochaines années. Une option qui semble avoir l’adhésion d’une majorité de Maliens, confiants en la bonne foi des autorités militaires, qui ont pris les rênes du pays lors du coup d’Etat du 18 août 2020. Sauf qu’une autre partie des Maliens, dont des responsables et militants de plusieurs partis politiques, nourrissent des ambitions contraires : un retour dans les meilleurs délais à une vie constitutionnelle régulière à partir de la tenue rapide d’élections transparentes et crédibles. Ceux-ci, regroupés au sein du « Cadre des partis et regroupements politiques pour une transition réussie » viennent de dénoncer la prochaine révision de la charte de la transition, en y décelant « une volonté de s’accaparer du pouvoir ». Ils n’hésitent pas à exiger une nouvelle architecture à la transition en cours. Celle-ci, à les croire, s’achève le 27 février prochain et ils urgent qu’un nouveau gouvernement, avec à sa tête « un Premier ministre neutre » et un nouveau Conseil national de transition, parlement provisoire soient mis en place. Et de souligner que faute de cela, ils ne reconnaîtront les autorités actuelles, à compter du 25 mars prochain.

En clair, si le chef de l’Etat, le seul maître à bord du bateau Mali (en pleine tempête depuis plusieurs années) ne procède à aucun ajustement politique de la Transition, ces partis politiques pourraient se faire entendre. Comment pourraient-ils procéder si ce n’est une perspective de manifestations de rue ? Quelle attitude le pouvoir du colonel Assimi Goïta va-t-il adopter face à d’éventuelles manifestations de contestation, dans un contexte d’hostilité internationale déjà exacerbée ?

Quelle position adoptera par exemple la CEDEAO si dans les prochaines semaines, des leaders politiques du Mali se jetaient dans les rues de Bamako pour désavouer les autorités de la transition, auréolée d’une adhésion populaire à leur cause ? N’y aura-t-il pas un risque d’affrontement entre les partisans de la transition à la sauce Assimi-Choguel et les contestataires du Cadre avec des leaders comme Dr Bokary Tréta, Marimanthia Diarra, Me Kassoum Tapo, Moussa Mara, Housseinou Amion Guindo, Amadou Koïta, Modibo Soumaré, Ismaël Sacko et autres ? Le duo Assimi-Choguel pourrait-il opter pour une répression pouvant aboutir à des emprisonnements dignes d’un régime dictatorial ? Aucune piste n’est à écarter.

Par ailleurs, ces leaders auront-ils la capacité de mobilisation conséquente pour inverser le rapport de force aujourd’hui favorable aux autorités de la transition ? Ne vont-ils pas courir le risque d’apparaître comme des « ennemis du pays » avec des exigences assimilables à celles des partenaires multilatéraux du Mali ? Et cette instrumentalisation ne risque-t-elle pas de sonner le glas de leurs ambitions électorales pour un Mali durement éprouvé par les crises multidimensionnelles de plusieurs années ? C’est toutes ces équations que les responsables du Cadre des partis pour une transition réussie doivent résoudre, avant de franchir le rubicond de l’ultimatum du 25 mars. Ce qui n’est pas une tâche aisée pour cette partie non négligeable du microcosme politique malien.

En définitive, pour éviter toute logique de confrontation, qui sera hautement préjudiciable au processus de relèvement du pays, il urge que les décideurs du moment se surpassent pour hâter une option de décrispation. Ils doivent donc, le plus rapidement possible, couper l’herbe sous le pied des dirigeants de la CEDEAO. Cela passera nécessairement par l’adoption d’un chronogramme « réaliste » susceptible de convaincre les membres du comité de dialogue avec les partenaires du pays. Ne dit-on pas qu’aucun sacrifice n’est de trop quand il s’agit du Mali ? C’est le moment de le prouver (de part et d’autre).

Source : maliweb.net

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