Perspective de la création d’une fédération Mali- Burkina Faso : Effet d’annonce ou réelle volonté de cession de souveraineté ?

Quelle est la portée réelle de la déclaration, la semaine dernière, du Premier ministre burkinabé de transition relative à la création d’une fédération entre son pays et le Mali ?

Lors de son récent séjour au Mali, le Premier ministre de Transition du Burkina Faso a déclaré que son pays est prêt à constituer une fédération avec le Mali. Une annonce qui n’a pas encore suscité de réaction officielle de Bamako. Ce qui pousse à s’interroger sur les contours de cette déclaration.

En effet, la simple intention de création d’un Etat fédéral entre le Mali et le Burkina Faso est une décision de haute importance engageant la vie des nations concernées. Il s’agit même d’un changement profond de destin entre les deux pays, qui deviendraient alors des Etats fédérés de la nouvelle entité fédérale. Cette option ne peut ou ne doit se mettre en branle par l’annonce d’un chef du gouvernement de transition.

D’abord, la situation des deux Etats en période transitoire, donc sous des régimes d’exception est une entorse pour tout projet remettant en cause leur caractère respectif d’Etat unitaire, dont l’intégrité territoriale et les attributs constitutionnels ne sont point remis en cause. Ce qui veut dire que les chefs d’Etats Assimi Goïta et Ibrahima Traoré ne peuvent pas s’attribuer la légitimité nécessaire pour opérer un tel choix lourd de conséquences. Comment les chefs de transition, censés s’achever dans moins de deux ans peuvent lancer maintenant un processus de création d’une fédération entre ces deux pays ? Surtout qu’une telle démarche comporte un ensemble de mesures en Droit international, en particulier la reconnaissance de cette nouvelle entité étatique dans les organisations internationales ? Quid des conséquences pratiques de l’évolution de cette initiative d’intégration?

En outre, le contexte de crise sécuritaire aggravé que traversent les deux pays est un obstacle constitutionnel à ce projet de communauté de destin. Car, sur de vastes zones du territoire de chacun des deux pays, les populations sont déplacées ou obligées de s’exiler. Ce qui constitue un facteur défavorable à tout projet fusionnel touchant l’administration des territoires.

Par ailleurs, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, a souligné que le Mali est prêt à « marcher ensemble avec ceux qui ont le même objectif ». Or, il est établi que les objectifs des autorités de transition du Burkina Faso ne sont pas ceux du duo Assimi-Choguel. Le capitaine Ibrahim Traoré semble ménager la France néocoloniale et réfute la thèse de « la rupture » diplomatique  avec le pays d’Emmanuel Macron.  Ce qu’assume Bamako, qui ne se prive pas de qualifier de « junte », par mesure de réciprocité, les autorités françaises. Sans omettre que le pouvoir burkinabé est plutôt timoré dans sa détermination à réaffirmer la souveraineté du peuple pour prôner juste la volonté de diversification de ses partenaires.

En clair, Ouaga semble s’inscrire dans la logique de gouvernance de Bamako, mais fait preuve d’un peu de retenue pour prendre des mesures fortes pouvant le faire quitter le giron de domination de Paris. Et cette différence d’approche ne peut pas faciliter la maturation d’un projet de destin commun entre les deux pays. Surtout que l’on se rappelle que dans un passé pas si lointain, le Mali et le Burkina étaient secoués par un conflit armé, dont les séquelles n’ont pas disparu…

S’y ajoute que le Mali nouveau en construction, plus que jamais imbu de sa « souveraineté retrouvée », ne voudra pas aisément céder, les fruits de sa gestion autonome de ses affaires, pour se lier les mains dans un carcan de fédéralisme. L’Etat malien ne s’est pas toujours opposé à cette option face aux prétentieux « indépendantistes azawadiens » ?

Pour toutes ces préoccupations, de nombreux observateurs relèvent que cette déclaration du Premier ministre burkinabé est plutôt un effet d’annonce pour signaler aux autorités maliennes que Ouaga voit en Bamako une source d’inspiration pour sa gouvernance de transition. Mais, confient certains observateurs, les réflexions sur un plus grand rapprochement entre les deux Etats sera peaufiné grâce à la réactivation de leur commission mixte de coopération dans les prochains jours.

Confrontés à des réalités et défis similaires, le Mali et le Burkina Faso sont contraints de se donner la main, mais ils ne peuvent pas à brève échéance, impacter leur destin étatique.

Source : maliweb.net

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