Nouvelle constitution : Pourquoi les démocrates qui tirent leur légitimité de La Baule craignent les réformes

Depuis l’annonce de la rédaction d’une nouvelle Constitution par les autorités de la transition, décidées à doter notre pays des textes qui garantiront désormais son indépendance totale, la peur s’est installée dans le camp des hommes politiques à l’origine de tous les déboires du peuple malien. Ils craignent le retour de manivelle, c’est- à-dire la perte de leurs avantages et privilèges qu’ils se sont indument octroyés au nom de la démocratie prédatrice.

Malgré leur crime odieux commis contre leurs compatriotes durant les trente dernières années, les démocrates maliens qui tirent leur légitimité du sommet de la Baule (France), tenu en juin 1990, n’arrivent jusque-là pas à digérer que le coup d’État du 19 août 2020 a définitivement tourné leur page politique émaillée de mensonges et de détournements de deniers publics. Ils s’opposent à tout ce qui a pour nom refondation de l’État et autres réformes allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des Maliens. Ils vouent aux gémonies les femmes et hommes qui ont le souci de doter notre pays des textes qui garantiront désormais son indépendance totale. Derrière cette opposition stérile, ils craignent la perte des acquis, des avantages et des privilèges qu’ils se sont illégalement octroyés au nom de la Constitution de février 1992, importée de la France pour protéger une élite politique malhonnête.

Trente ans après une gestion des plus catastrophiques de l’histoire politique de notre pays par les ‘‘démocrates’’, les textes fondateurs de l’État malien ont besoin d’un toilettage pour les adapter aux aspirations profondes des Maliens, engagés dans un processus de changement depuis la chute du général Moussa Traoré (paix à son âme), en 1991, et au contexte international qui change au gré des intérêts des États. Et cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Tous les acteurs politiques et animateurs de la société civile sont unanimes sur ce point. Mais chaque fois qu’un président propose une révision constitutionnelle, une modification de la Constitution, la rédaction d’une nouvelle Constitution, un front de refus se met en place. Il se fait entendre à travers manifestations, meetings, conférences de presse, communiqués de presse pour tuer le poussin dans l’œuf. Ainsi, les présidents Alpha Oumar Konaré, ATT (paix à son âme), IBK (paix à son paix) étaient obligés de mettre le projet sous le paillasson. Ils ont été soupçonnés à tort ou à raison par les opposant à la révision constitutionnelle de modifier la loi fondamentale pour s’offrir un troisième mandat (Alpha Oumar Konaré), d’élire un proche (ATT) et de s’octroyer de large pouvoir (IBK) à l’image d’un monarque. Idem pour les autorités de la transition. Celles-ci, malgré les critiques, n’entendent pas de cette oreille. Elles souhaitent traduire le cri de cœur du peuple malien qui réclame, depuis le 26 mars 1991, le changement sans lequel tout est voué à l’échec.

Il est connu de tous que le combat contre une modification constitutionnelle est mené par des femmes et des hommes qui tirent leur légitimité du sommet France-Afrique, organisé en France (La Baule), en juin 1990. Ils doivent tout, c’est-à-dire leur légitimité à l’ancien président, François Mitterrand, qui déclara au cours de cette rencontre entre dirigeants français et africains que l’aide de son pays est désormais liée à l’ouverture démocratique. Et ils ont profité de cette brèche dans les régimes à parti unique en Afrique pour entraîner le peuple malien dans leur combat d’accéder aux délices du pouvoir.

Parvenus au sommet de l’État par ce coup de piston du président français de l’époque, ils ont dépecé le Mali sur l’autel de leurs intérêts personnels. La privatisation de sociétés et entreprises d’État enclenchée sous le régime de Moussa Traoré a été un cadeau tombé du ciel pour les faux démocrates. Ils ont acheté à vil prix ce patrimoine des Maliens qui croyaient à leur sincérité d’apporter le changement, slogan mobilisateur contre le général Traoré.

Pire, la Constitution du 25 février 1992, votée et adoptée dans la précipitation, accordait l’impunité aux vrais faux démocrates. Elle leur a permis de mettre le pays sens dessus dessous dans l’impunité la plus totale. Tous les détournements de deniers publics (PGRN, CAMOPA, PASAOP, PRODEJ, PRODEC, etc. par les ‘‘démocrates’’ sont restés impunis.

Il est clair qu’un changement de Constitution signerait leur mort politique et mettra fin à une série d’enrichissement illicite, dont ils ont bénéficié durant les décennies démocratiques. Ils n’ont que cette Constitution pour se mettre à l’abri de la justice et ils tirent leur légitimité des tripatouillages des textes. Ils savent qu’ils sont perdants lorsqu’on organise des élections crédibles, transparentes. Depuis 1992 à ce jour, les élections n’ont été de façade dans notre pays. Aucun candidat à la présidentielle n’a obtenu 50% au premier tour.  Elles ont été un instrument entre les tenants du pouvoir pour ‘‘nommer’’ leurs hommes dans l’Assemblée nationale, dans les mairies.

S’il est vrai qu’ils sont tous d’accord que le Mali a besoin d’une nouvelle Constitution, il est du devoir de la transition de conduire ce processus jusqu’à son terme. Des gens sans base électorale, des partis sans militants et des leaders politiques qui tirent leur légitimité de La Baule et non à l’issue d’une vraie élection doivent savoir que leur temps est révolu. Place aux réformes pour le bien-être du peuple malien.

Yoro SOW

Source : Inter de Bamako

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