METIER : TAILLEUR AMBULANT dans l’air du temps

METIER : TAILLEUR AMBULANT dans l’air du temps

A Bamako et ailleurs dans le pays, le métier de tailleur ambulant a traversé les âges et garde néanmoins sa place au milieu des ateliers et salons de couture. Visibles et remarquables par leurs styles si particuliers, les tailleurs ambulants sillonnent les quatre coins de la capitale à la recherche des clients.

Assise devant sa porte, Aisstata Keita la cinquantaine révolue guette le passage d’un tailleur ambulant. Après plusieurs moments de patience, un tailleur se signale par le bruit de son ciseau. Le tour est joué puisqu’il était très attendu par Dame Aissata qui voulait louer ses services en raccommodant des rideaux. Après les salutations d’usage, la cliente explique au tailleur pas comme les autres  son besoin. Au bout de quelques minutes de discussions, cliente et artisan tombent d’accord sur le prix. A l’image de Mme Aissata, plusieurs autres personnes sollicitent les services des tailleurs ambulants jugés moins couteux  à l’opposé de leurs confrères qui exercent dans les ateliers. Autre avantage avec les tailleurs ambulants, ils sont plus disponibles et acceptent des petits travaux. Pour s’offrir le service de certains tailleurs ordinaires, en plus souvent des rendez-vous manqués, d’autres refusent catégoriquement de réparer des habits anciens. Sans oublier, l’agenda très chargé des tailleurs professionnels qui ne laissent pas place à des activités mineures comme  raccommoder un rideau, retoucher une robe, réparer un bouton ou une chaine.

Plus un art, un gain pain  

En effet, c’est un fait, les tailleurs ambulants sont d’un grand secours pour la majorité de la population et leurs services sont très efficaces dans la réparation des vêtements malmenés, déchirés par les enfants. En d’autres termes, les tailleurs ambulants réparent n’importe quelle déchirure d’habits de tout genre : les pantalons, robes, chemises, les culottes de tout âge. Namory  Cissé, un tailleur ambulant à Yirimadio, raconte son quotidien : « Je pratique ce métier depuis mon bas âge. Le matin, à 10 heures, je sors de la maison, ma machine à coudre sur mon épaule, je marche de quartier en quartier à la recherche de la clientèle. Les jours ne sont pas les mêmes,  des fois on trouve beaucoup de clients et des fois pas même un. Le prix de couture des habits dépend du niveau déchiré. C’est un métier noble car je vis de ça ». Oumar Sidibé, un autre tailleur ambulant, de témoigner : « J’ai quitté mon village natal pour venir à Bamako dans le but de rechercher de l’argent pour aider ma mère. Depuis mon arrivée, j’ai commencé à travailler comme ambulant, maintenant chaque mois j’envoie de l’argent à mère pour ses besoins. C’est grâce à ce métier que j’arrive à nourrir ma famille au village ». Généralement, ce sont les jeunes hommes tailleurs ambulants. Ils se reconnaissent par le son de leurs paires de ciseaux, des machines à coudre à l’épaule. « A notre époque, nous pouvions parcourir les deux rives de Bamako pour se faire un peu d’argent. C’est vrai qu’il nous arrive souvent d’avoir de la clientèle fidèle mais avec le temps et surtout l’arrivée de nouveaux acteurs, l’engouement a changé. Néanmoins, je ne plein pas puisque j’ai aujourd’hui à Dieu un atelier et certains de mes fidèles clients continuent de me solliciter », nous a confié le doyen, Amadou Samaké au marché de Djelibougou. En fait, sa fierté est de voir des nombreux apprentis qu’il a formés sont en train de se tirer d’affaires.  De même qu’il  éprouve un grand bonheur de se faire entourer par d’autres apprenants.

Contrairement au doyen Samaké, le jeune Sanou que nous avons croisé en pleine activité voit en son métier de tailleur ambulant une véritable aubaine. S’il a pratiqué ce métier c’est grâce à son grand frère dont il suit allègrement  les traces. La nouveauté est qu’il évolue en vélo. « Grâce au vélo, je parcours des longues distances et parvient à satisfaire plusieurs demandes. On peut dire que parfois, je gagne jusqu’à 5000 F et au moins 2000 F par jour. C’est vrai que le vélo m’aide beaucoup mais en cas de panne, les recettes chutent », a fait remarquer le jeune tailleur ambulant, visiblement pas prêt à décrocher si tôt. Et il entend poursuivre le porte-à-porte dans les différentes rues de Bamako. En sommes, s’il est encore difficile de donner des chiffres exacts de ceux qui mènent l’activité, le constat est tout de même que les tailleurs ambulants sont nombreux et un peu partout au Mali. Le métier a de beaux jours devant lui, en raison du fait qu’il est  pratique, sa prestation moins chère et disponible pour toutes les bourses.

Mayou Maiga

source: Maliexpress.net

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