Méditerranée : 10 morts retrouvés dans les cales d’un canot de migrants parti de Libye
Le Nadir, voilier humanitaire de l’ONG allemande ResQship, a retrouvé, tôt ce lundi matin, les corps de 10 exilés coincés à l’intérieur d’une embarcation en Méditerranée. Cinquante et une autres personnes ont pu être secourues, en majorité des Bangladais. Le canot était parti de Zouara, en Libye.
“Quand nous avons trouvé le canot, il était trop tard”, raconte sobrement Stefen Seyfert, responsable communication de l’ONG ResQship contacté par InfoMigrants. Lundi 17 juin, à l’aube, l’ONG allemande a annoncé sur son compte X que son voilier-humanitaire Nadir avait retrouvé les corps de 10 migrants dans la cale d’un canot en bois, dérivant en mer Méditerranée.
Quand le Nadir s’est approché, les membres de l’ONG ont compris que le canot était surchargé. “On a porté secours aux personnes sur le pont supérieur et ensuite on a vu qu’il y avait des gens en-dessous”, raconte Stefen Seyfert. “La cale était inondée, remplie d’un mélange d’eau et d’essence. A l’intérieur, nous avons vu 12 corps, dont deux inconscients mais encore vivants”.
La première personne inconsciente a pu être sortie sans encombre “mais on a dû casser le pont avec une hache pour extirper la seconde”.
D’après ResQship, les dix victimes, toutes des hommes, sont mortes d’intoxication aux fumées du moteur. “À force de respirer l’essence, les passagers se sont évanouis. Puis le bateau prenant l’eau, elles se sont noyées de manière inconsciente”.
“Nous faisons route vers Lampedusa pour ramener les corps”
Quarante neuf autre personnes, qui étaient aussi à bord sur le pont supérieur, ont été secourues. Elles ont été prises en charge, deux heures plus tard, par les garde-côtes italiens. “Ils ont aussi récupéré les deux blessés inconscients”.
Mais les dix cadavres n’ont pas pu être extraits du canot. “Nous n’avons pas d’endroit à bord pour les conserver. Ils sont donc restés dans le canot, qui est attaché à notre voilier. Nous faisons route vers Lampedusa pour les déposer là-bas. Nous prévoyons d’arriver dans la nuit”.
Le bateau était parti de Zouara, en Libye, d’après les rescapés. Un premier décompte fait état de plusieurs nationalités à bord : une trentaine de Bangladais, des Pakistanais, des Syriens et des Égyptiens.
Ce n’est pas la première fois que des navires humanitaires font face à de tels naufrages. Vendredi 7 juin, les corps sans vie de onze migrants qui dérivaient en pleine mer, au large des côtes libyennes ont été récupérés par le Geo Barents, navire de SOS Méditerranée. Le 28 mai, les sauveteurs de l’ONG allemande SOS Humanity ont retrouvé le corps sans vie d’un bébé de six mois dans un canot de migrants à la dérive.
Près de 1 000 morts depuis le début de l’année
La plupart des canots en bois qui s’aventurent en Méditerranée sont constitués d’un pont supérieur et de cales dans lesquelles s’entassent des dizaines de personnes – souvent des femmes et des enfants, piégés près du carburant et de ses vapeurs toxiques. Les places du dessus sont généralement réservées aux hommes.
Lire: Libye : 409 migrants clandestins secourus au large des côtes du pays en une semaine (OIM)
S’asseoir à l’intérieur des cales, avec un accès limité à l’air libre, est donc éminemment dangereux. Depuis des années, de nombreuses personnes sont récupérées par les ONG en mer victimes de brûlures aux jambes, aux cuisses, et sur leurs parties génitales à cause du mélange entre le carburant et l’eau de mer.
La Méditerranée centrale représente à elle seule 80 % des morts et disparitions en Méditerranée l’an dernier. Elle est très utilisée par les migrants cherchant à entrer dans l’Union européenne depuis la Tunisie et la Libye. Depuis janvier, 923 migrants y sont décédés ou portés disparus.
La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée centrale reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.
Source: Infomigrants
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