MALI VS CEDEAO : Capitulation ?

Très attendu pour son examen du cas du Mali, où un changement majeur a eu lieu dans le calendrier de transition, notamment le report sine die de l’élection présidentielle censée marquer la fin de la transition, le sommet de la CEDEAO n’a suscité aucune réaction apparente. Selon certains analystes, cela pourrait être interprété comme un signe de capitulation.

Le dernier sommet des chefs d’État de la CEDEAO s’est conclu ce dimanche 10 décembre 2023. Ce sommet s’est principalement concentré sur la situation au Niger, où le général Tiani ne semble pas fléchir. Cependant, l’organisation régionale était également très attendue sur le Mali. Ni la reprise des hostilités dans le nord du pays ni le report indéfini de l’élection présidentielle n’ont provoqué de réactions significatives lors de cette assemblée des chefs d’État. Face à ces nombreuses crises qui affectent la région, la CEDEAO semble adopter une posture de plus en plus discrète sur la question malienne.

Dans son communiqué final, la CEDEAO a exprimé son mécontentement face aux décisions unilatérales prises concernant la mise en œuvre du programme de transition convenu. Il est probable que cela concerne le Mali, où les élections présidentielles étaient initialement prévues dans deux mois, en février prochain.

Dialogue mis en avant

À la suite de négociations laborieuses assorties de sanctions, la CEDEAO avait obtenu des autorités maliennes un calendrier conduisant à la tenue des élections. Cependant, contre toute attente, la partie malienne a finalement reporté ces élections en septembre dernier, sans fixer de nouvelle date. Au lieu de durcir le ton, la CEDEAO, embourbée dans ces crises régionales, aspire désormais à “renouer le dialogue” pour la mise en œuvre inclusive du programme de transition, impliquant l’élection censée mettre un terme à cette période de transition. Cette rencontre décisive a conduit à la levée de l’interdiction de voyager imposée au président Assimi Goita, au Premier ministre Choguel Maiga et au ministre des Affaires étrangères du Mali, ainsi qu’à leurs homologues du Burkina et de la Guinée. Cette interdiction avait entravé les échanges et suscité des tensions à Bamako.

Heureux dénouement

La CEDEAO a même félicité le Mali pour le bon déroulement de son référendum constitutionnel en juin, sans faire référence aux accusations de fraude ni au fait que le vote n’avait pas pu se dérouler dans certaines régions, notamment à Kidal. Sur la conquête de Kidal par l’armée malienne, la reprise de la guerre dans le nord du pays et la rupture de l’accord de paix de 2015, la CEDEAO, pourtant membre du comité de suivi de cet accord, n’a tout simplement pas mentionné ces événements. Aucune félicitation au Mali, comme certains l’espéraient, aucune dénonciation de la rupture de l’accord de paix, comme d’autres l’attendaient, ni même une simple prise de note officielle.

Quid de l’AES ?

Le “profil bas” adopté par la CEDEAO sur la question malienne ne semble, en tout état de cause, pas inquiéter les autorités maliennes de transition, ni leurs alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES). Bien que l’organisation créée il y a trois mois dans la capitale malienne par les nouvelles autorités de Bamako, Niamey et Ouagadougou ne soit pas directement citée, sa concurrence est perçue d’un mauvais œil par la CEDEAO, qui, dans son communiqué, “rejette toute forme d’alliance visant à diviser la région”.

Ahmadou Sékou Kanta

Source : L’Observatoire

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