MALI : QUAND LA PERIODE HIVERNALE S’INSTALLE !

A chaque saison, la gestion des eaux de pluie constitue une préoccupation majeure, dans la capitale malienne. Ce, en dépit de l’implication de l’Etat qui a consenti de gros efforts financiers pour la préservation des caniveaux et collecteurs afin de prévenir les inondations.  

Nombre d’acteurs s’emploient à trouver des solutions adéquates à la problématique liée aux inondations. Qu’il s’agisse des élus communaux, des agents de services techniques, des intervenants dans le secteur de l’assainissement ou groupements d’intérêt économique (GIE), chaque acteur est à pied d’œuvre pour la préservation de notre cadre de vie. 

Pour rappel, l’accumulation des ordures provoque d’énormes désagréments chaque année. Cela constitue également une menace, souvent on assiste à des cas de perte en vies humaines, des dégâts matériels et environnementaux liés à des inondations.

Si la saison pluvieuse est synonyme de bonheur, elle est à l’origine de certaines désolations telles que les inondations. À l’approche de cette période, l’opération de curage des caniveaux se déroule chaque année.

En effet, cette opération consiste à prévenir les dangers liés aux inondations pendant la saison des pluies. Ce qui permettra de faire drainer les eaux de pluie afin d’éviter des cas de débordement.

Malgré tout, on assiste très souvent à des cas d’inondations à cause de l’abondance des eaux de pluie. En fait, plusieurs voies d’accès sont inondées, cela s’observe au niveau de plusieurs rues et des artères principales. Conséquences : on a constaté d’énormes dégâts dans certains quartiers de la Commune I du district de Bamako.

A ce sujet, Amadou Coulibaly, 3ème adjoint au maire de ladite Commune I, se prononce sur les actions engagées et les dispositions prises ou en cours par la mairie. « Il s’agira de sensibiliser la population d’abord, vu que les responsabilités sont partagées. « Nous avons hérité d’une commune qui n’a pas de dépôt de transit. Cela pose énormément de problème. Avant, on avait des GIE (Groupement d’Intérêts Economiques), mais malheureusement, la plupart des populations refusent de signer un partenariat avec ces GIE », a-t-il expliqué. 

Difficultés de transporter les déchets au dépôt de transit 

Le maire Amadou Coulibaly situe le problème à trois niveaux. « Les GIE qui font la pré-collette sont chargés de transporter les ordures au dépôt final. Mais, ils n’ont pas la capacité de mener cette activité, vu l’éloignement du dépôt final. Sinon, leur rôle c’est de transporter les déchets au dépôt de transit, et l’Etat de les acheminer au dépôt final. Sans doute, il est très difficile pour les agents de GIE de quitter la commune I pour aller jusqu’à Noumoubougou ou derrière Saffo. 

Pour la préservation des caniveaux et collecteurs, on doit multiplier des actions de sensibilisation. Il s’agira de parvenir à un changement de comportement au niveau des populations. « Ce n’est un secret pour personne de voir cette réalité dans la société. Il suffit qu’il pleuve un peu seulement pour assister à des actes qui ne sont pas salutaires », déplore l’élu communal.

Avant d’ajouter : « à la moindre pluie, les gens se débarrassent de leurs déchets solides ou liquides pour les déverser dans les collecteurs et caniveaux. C’est une façon de faire déplacer le problème de chez soi pour l’amener chez l’autre ». 

Pour sa part, Mme Doumbia Aminata Sissoko, étudiante, fait ressortir la vision d’une grande partie de l’opinion publique. Laquelle pense que les autorités en place n’ont pas non seulement, une bonne politique, mais aussi, elles manquent des moyens pour faire face à l’inondation cette année. Et que c’est la population qui devra prendre des mesures. 

Aussi, elle déplore : « chaque année c’est le même problème qui revient. L’on a beau fait le curage des caniveaux, si les vrais acteurs ne s’impliquent pas davantage, je veux parler des décideurs politiques, des élus locaux et des citoyens, on va droit dans le mur, car les actions de curage n’empêchent pas le débordement des eaux de pluie».

Quant à David Traoré, agent de service technique de l’assainissement et du contrôle de pollution et de nuisance à la mairie de la commune I, il estime que cette situation est inquiétante. «Généralement, c’est à l’approche de la saison pluvieuse que les curages se font avec une procédure simple. D’abord, la hiérarchie instruit au service technique de pouvoir faire le suivi des curages. Donc à ce moment, les entreprises soumissionnent à travers le ministère des transports et des infrastructures, et les entreprises qui sont retenues seront communiquées aux services techniques afin d’organiser les travaux sur le terrain. Les agents de service technique que nous sommes, travaillons en collaboration avec les entreprises. Et nous ne faisons que purement et simplement le suivi, voir réellement si les travaux sont en train de se faire conformément aux normes et tout ce qui a été prescrit dans le contrat. Le rôle du service technique c’est d’appuyer et conseiller la mairie par rapport à tous les aspects d’assainissement», a-t-il expliqué.

Renforcement des actions de sensibilisation sur l’utilité des caniveaux

En outre, a dit l’agent technique, à chaque fois qu’on entreprend une chose, il faut s’attendre à des difficultés. « La population constitue pour nous en grande partie un problème dans le processus des travaux. Imaginez-vous qu’au moment où nous sommes en train de faire les curages, les gens cherchent à se débarrasser de leurs ordures en se permettant sous la pluie de les déverser dans des caniveaux. D’abord, ça c’est de l’incivisme. C’est un problème extrêmement difficile à résoudre. A ce rythme, on a aussi des difficultés à évacuer les déblais. Quand les déblais sont enlevés, on doit pouvoir les évacuer dans moins de 48 heures, ou bien ça risque de retourner à sa place initiale. On ne peut pas les évacuer immédiatement, parce qu’au moment où on procède à l’évacuation des déblais, ça trouve que c’est suffisamment mouillé, donc c’est impossible pour les manœuvres de charger le véhicule à l’aide de pelle. C’est pourquoi les 48 heures sont demandées à ce que les déblais soient un peu secs », a-t-il dit. Avant d’ajouter : «  il y a des installations (kiosques et branchements anarchiques) qui se trouvent dans les caniveaux, et des dalles qui ne sont pas inamovibles ; du coup, lors des travaux, si l’on ne fait pas attention seulement, il y a des problèmes d’électrocution qui peuvent survenir. Ceux-ci sont des difficultés qui nous font ralentir les travaux ».

Pour y faire face, il insiste sur le renforcement des actions de sensibilisation à l’endroit de la population, en leur faisant comprendre l’utilité des caniveaux. « Elle doit comprendre que les caniveaux sont exclusivement réalisés pour faire drainer les eaux de pluie, mais pas les eaux usées domestiques. Et qu’après les curages, les gens évitent de brancher leurs puisards aux caniveaux. Les branchements sont formellement interdits par la loi sur l’assainissement. Donc, utiliser les caniveaux à bon escient est une façon pour les populations de prendre soin d’elles-mêmes. C’est de dire que personne n’a le droit d’utiliser seul. Le changement de comportement est l’objectif principal qui est demandé à tout le monde pour assainir notre cadre de vie », conclut-il.

Ibrahima Togola, en qualité d’observateur, pense qu’aujourd’hui la situation est urgente.

« Bien que l’Etat soit sollicité pour l’assainissement de la ville, mais il faut aussi sensibiliser la population pour qu’elle arrête de déverser les ordures liquides et solides dans les caniveaux. Quand on sait qu’elle est la première qui en fait les frais », a-t-il souligné.

A sa suite, Dramane Maïga, un autre observateur, affirme que le constat est amer. Selon lui, les Autorités peinent à appliquer et à faire appliquer les textes en vigueur en ce qui concerne la gestion des déchets solides et liquides (voir la loi portant sur les nuisances et déchets au Mali. Articles 20 …). « Mais ce n’est pas le seul problème, l’accumulation des déchets est aussi due à l’insuffisance des dépôts de transit. Lesquels ont une faible capacité pour accumuler des tonnes de déchets, vu la démographie galopante de la capitale Malienne. Mais aussi par le manque de dépôt final. Notamment, celui de Noumoubougou qui n’est pas encore livré depuis six ans ».

Par ailleurs, il déplore l’incivisme des populations, qui, malgré la quantité de déchets produits par personne, n’ont toujours pas conscience des dangers environnementaux liés à la mauvaise gestion de ces déchets.

« Pour certains citoyens, la propreté du pays est l’affaire voire une obligation de l’Etat. Or nous avons tous le devoir de protéger l’environnement pour les générations futures », a-t-il rappelé.

Avant d’affirmer : « il est difficile de prévenir les inondations à Bamako, au moment où les populations profitent de la pluie pour jeter les ordures dans les caniveaux, ce qui est triste. Mais les caniveaux ne sont plus adaptés à cette ville. Vu qu’ils sont trop petits. Donc, en plus du retard pour le ramassage après le curage, il y a problème d’aménagement».

Enfin, M. Maïga exhorte les autorités en charge de l’assainissement à accompagner davantage les Groupements d’Intérêts Economiques (GIE). Aussi, il les invite à réaliser un plan d’aménagement plus adapté à la gestion des déchets pour la ville de Bamako et à livrer le dépôt final de Noumoubougou toujours en chantier. Ce, afin de faire face aux effets des changements climatiques.

Pour rappel, l’Etat a consenti cette année de gros efforts financiers pour agrandir les collecteurs et prévenir les inondations. Et on invite la population à plus de civisme. Aussi, on doit faire sien ce message citoyen : « Epargnons nos caniveaux et collecteurs aménagés à grands frais. La salubrité publique est l’affaire de tous les citoyens. Elle n’est pas l’apanage des seules autorités. Elle est pour chaque citoyen un plein droit et un sacré devoir ».  

Sidy Coulibaly

Source : Maliexpress.net

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