Lutte contre les stupéfiants : Kayes, cette autre plaque tournante de la drogue au Mali

Selon l’adjudant-chef Mohamed Idrissa Kanté, enquêteur à l’Office central des stupéfiants, antenne de Kayes, dans la vente et dans la consommation de la drogue, la première région vient en tête, après Bamako. Ce tueur silencieux est en train de compromettre l’avenir de toute une régionUne situation alarmante qui interpelle les autorités et les parents.

« Après Bamako, Kayes occupe le peloton de tête. Notre statistique en dit long, par rapport à leurs différentes saisies de drogue dans la région », sans détour, a expliqué l’adjudant-chef Mohamed I Kanté, enquêteur à l’Office central des stupéfiants, antenne de Kayes. C’est quoi une drogue ?

Pour l’adjudant-chef Kanté, on appelle drogue toutes substances qui agissent sur l’état du système nerveux central. Ils sont interdits par l’Etat malien ou par toutes les dispositions que le pays a ratifiées au niveau international. D’après lui, même la chicha et l’alcool font partie des drogues. Mais vu que l’alcool est utilisé dans nos coutumes et traditions, sa consommation est répressive seulement dans certaines conditions comme la conduite en circulation. Les types de drogue cités par Kanté sont, entre autres, les dépresseurs, les perturbateurs, les hallucinogènes, les cannabis et ses dérivés, les anesthésiants, les hypnotiques et les drogues de synthèse. A ses dires, la drogue la plus populaire au Mali et à Kayes reste le cannabis, suivi du tramadol. « Nous avons quelques rares fois des cracks et des résines de cannabis. En profondeur dans les sites d’orpaillage, nous retrouvons des méthamphétamines, des drogues dures qui viennent du Nigéria et des Diazépams. Le constat sur la consommation de la drogue dans la région de Kayes est dramatique. Selon lui, ce sont les jeunes filles qui sont les plus grandes consommatrices. Pour elles, ça leur permet d’avoir des teints clairs. Or, c’est l’avenir des foyers qui est en train d’être détruit.

« Les femmes consomment plus que les hommes ici. À Kayes, à tous les 600 mètres il y avait un chicha club, c’est dans ces boutiques qu’ils la consommaient. La chicha a été interdite. Toute la jeunesse de Kayes la consommait. C’est après prélèvement des échantillons dans certaines chicha Houses que l’analyse a montré que les substances utilisées sont de la tétrahydrocanabinole (substance du joint). Il a les mêmes effets que le cannabis. Certains le mélangent même avec de l’alcool. D’où son interdiction qui rentre en vigueur le mois prochain », a-t-il rappelé.

« La drogue se consomme à grande échelle à Kayes, les jeunes s’adonnent à la consommation de cannabis dans les grins, dans les familles. Ce sont des jeunes qui ne travaillent pas, ils sont assis aux grins pendant toute la journée. Finalement, ils tombent dans le banditisme et la criminalité pour assouvir leurs désirs. Il y a eu une quarantaine de jeunes mineurs au niveau de la prison, une vingtaine sont toujours là-bas pour des histoires de drogue. Des gamins qui travaillent pour d’autres dans l’ombre, en vendant de la drogue dans les rues et les coins. Les barons de la drogue sont en train de recruter les jeunes enfants pour écouler leurs produits », a révélé l’enquête de l’OCS, antenne de Kayes.

Pour lui, ce fléau émerge suite au manque de suivi des parents. « Ils laissent faire les enfants. Les enfants sont éduqués dans la rue et il faut s’intégrer dans un groupe et la seule façon d’intégrer, c’est de faire la même chose que ces jeunes pour être apprécié. C’est de l’argent facile, les jeunes sont influencés. Il y a des musiciens à Kayes qui font la promotion de la drogue. Ce qui amplifie le phénomène », a-t-il regretté.

Cependant, aux dires de l’agent de l’Ocs, les conséquences sont énormes sur les consommateurs et sur la société. Elles sont d’ordre psychique côté santé, entraine un problème économique, augmente la criminalité. Elle joue même sur la démocratie, quand les vendeurs de drogue s’engagent dans la lutte politique et gagnent dans les urnes. Et entrave aussi la liberté quand les gangs occupent les rues, ils interdisent le passage au citoyens.

Que faut-il faire pour contenir le phénomène ?

A en croire Mohamed, à la date du 19 décembre 2022, « nous avons saisi 400 kg de cannabis dont 58 kg avec la douane, 838,390 grammes de cannabis skentchi, 205 cannabis couche, 186 boulettes de cracks, 12 boulettes de méthamphétamine, 5301 comprimés de tramadol, 1348 comprimés de diazépam, 1,670 tonnes de produits pharmaceutiques, 200 g de hachisch, 3 flacons de neo-codiome sirop, 17 flacons de promethazine sirop. Les personnes interpellées sont au nombre de 19 dont 4 filles et une Nigériane.

« Soyons ce que nous sommes, travaillons pour nous pour avoir notre identité personnelle, évitons d’être des hommes chauve-souris. La jeunesse, tant qu’elle ne change pas de comportement, tant que les jeunes sont collés à l’aduler, et que c’est la facilité qui les tente, il est difficile de s’en sortir. Si aujourd’hui chacun d’eux apprenait au moins des métiers, tels que la mécanique, la couture, la fabrication de savon, ils seront tous occupés au lieu de se droguer », a-t-il laissé entendre.

Qu’est-ce qui est à l’origine de cette situation malheureuse ?

Pour Mohamed Kanté, la situation géographique de Kayes fait en sorte que la région est une proie facile pour la consommation de la drogue. « Kayes est entouré par les sites d’orpaillage et dans ces sites ils en consomment énormément. Surtout le tramadol. Pour eux, c’est un moyen de décupler leurs forces de travail. Même les animaux ne sont pas épargnés dans la consommation de drogue à Kayes, surtout les ânes. Pour leurs propriétaires, c’est un moyen pour quadrupler leurs forces durant les travaux champêtres. Le problème est qu’à la rechute, ils sont confrontés par une forte dépendance. Et ils sont obligés à chaque fois d’augmenter la dose pour être au top niveau », se désole l’agent assermenté qui se bat pour mettre fin à ces pratiques malsaines à Kayes. Même s’il est persuadé que la première région est dans le peloton de tête en matière de consommation et de vente de stupéfiants. Notamment les cannabis et les tramadols. Et pour ce qui est des drogues dures, les cocaïnes et fildrine, il estime que Kayes peut être devancée par Bamako.

« Nous sommes équipés, nous avons des matériels nécessaires, les testeurs de tout genre de drogue. Nous sommes outillés pour faire face aux défis. La statistique annuelle est salutaire, la drogue qui était vendue à 500 F se vend à 1000F maintenant, tellement qu’on mène une lutte implacable contre le phénomène à Kayes. L’accessibilité est rare », a-t-il encouragé au nom de son commandant, Ismaël Touré, chef d’antenne OCS Kayes.

Moussa Sékou Diaby

Source : Tjikan

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