LOCATION A BAMAKO : Un véritable casse-tête 

Cherté du loyer, escroquerie de certains coxeurs, les exigences démesurées des agents immobiliers constituent des facteurs largement pointés du doigt par des locataires à Bamako. Face à ces nombreuses accusations, les bailleurs et agents immobiliers s’en défendent. Mais ces arguments sont jugés peu convaincants par une large majorité des locataires qui se disent être victime. 

Trouver un logement relève désormais d’un problème sérieux pour bon nombre de chefs de famille à Bamako. Et même lorsqu’ils en trouvent, les propriétaires de maison ou leurs représentants, motivés par les revenus imposent des conditions parfois hors de commun aux locataires. Qu’est-ce qui explique la cherté du loyer dénoncée par certains locataires ? Le secteur est-il contrôlé ? Comment relever les défis de ce domaine ? autant de questions qui restent sans réponses.

Les locataires de maisons au Mali, particulièrement ceux du District de Bamako, traversent depuis quelques temps un véritable calvaire et, pour cause, le rapport entre les locataires et les propriétaires de maisons n’est pas du tout tendre. A cela, il faut ajouter le comportement peu orthodoxe des promoteurs immobiliers qui constituent souvent des intermédiaires. On se demande même s’il existe au Mali des textes régissant le logement

En effet, trouver une maison à louer devient difficile, puisque la densité à Bamako est très élevée. Ce boom démographique a engendré une forte demande de maisons à louer en favorisant la hausse des prix pour le bonheur des propriétaires. Ainsi, vivre dans la capitale malienne devient de moins en moins aisé pour tout le monde car la forte croissance démographique urbaine engendre des problèmes socio-économiques et environnementaux, notamment à Bamako où disposer d’une maison propre est loin d’être à la portée de tous.

A titre d’exemple, les prix des différents loyers dépendent de la commune et plus précisément du quartier choisi. Dans des quartiers populaires comme Bagadadji, on trouve des maisons moins chères que dans des quartiers résidentiels comme Hamdallaye ACI 2000 ou encore Sotuba ACI. Les logements n’ont pas le même standing ni les mêmes atouts : commodités, emplacement de l’immeuble, tranquillité et sécurité de l’endroit, proximité des routes principales, des commerces, etc. De ce fait, dans les quartiers populaires, les prix varient entre 20.000 FCFA à 40.000 FCFA pour deux pièces. En outre, dans les zones résidentielles, il faut compter dans les 100.000 FCFA pour espérer avoir un toit sur la tête.

Immersion en commune 1

Dans cette commune située à la périphérie de Bamako, les quartiers sont surpeuplés et le logement à titre de location son indénombrables. Au quartier de Djelibougou, les locataires ne cessent de se plaindre à limage de Badian Cissoko, artisan. Il habite dans une maison composée d’une pièce, un salon et d’un magasin qu’il loue à 40.000 FCFA. Pour lui, ce montant est trop élevé par rapport à la qualité du local. « Ça me fait plus de 15 ans que j’habite cette maison. Au tout début, je payais en tout 20.000 FCFA mais progressivement les prix ont commencé à varier passant ainsi à 30.000 F puis 40.000 maintenant. C’est une situation anormale et je trouve que les propriétaires de maison abusent de leurs droits de propriété. En dépit de toutes ces années passées dans cette maison, lorsqu’un seul mois passe sans que je paye, c’est la guerre. Il n’y a aucune logique dans ce secteur et à ce rythme, on ne pourra pas construire nos propres toits. » dénonce notre interlocuteur.

Même constat pour un jeune homme qui vient à peine d’aménager. Pour lui, l’Etat doit prendre à bras le corps ce problème. Depuis trop longtemps, il estime que la passivité des autorités aggrave la situation. « Pour la maison que je viens de prendre en location, j’ai dû payer 3 mois de caution en plus des frais d’agence. J’ai déboursé pas moins de 140.000 pour un locale qui ne comprend qu’une chambre, un salon et un magasin ». Une cherté des loyers qui est à longueur de journée dénoncée par les locataires qui ne savent plus à quel saint se vouer. 

Pour cet autre bailleur, il dénonce l’augmentation abusive dont il fait l’objet depuis trois ans. « Les propriétaires des maisons n’ont aucun scrupule envers nous les locataires. Sur des coups de têtes, ils augmentent les prix des maisons sans nous laisser le choix. Quand on essaie de se plaindre, il nous demande de quitter les lieux si on ne peut pas se conformer à leur exigence. C’est une situation que je trouve insupportable ». Dans son argumentaire, il a fait savoir à son tour que la maison qu’il habite coutaient 30.000 et ensuite est passée à 50.000 puis est aujourd’hui à 75.000 F CFA. Il juge cette augmentation de scandaleuse aux vues et au su de tous.

Quid des agents immobiliers et des bailleurs

Quant aux promoteurs immobiliers, il n’est un secret pour personne que l’habitat au Mali constitue aujourd’hui un véritable fonds de commerce pour ces derniers, qui, le plus souvent, ne visant que leur propre intérêt, n’hésitent pas à faire des propositions aux propriétaires de maisons afin de déloger le ou les précédents locataires.

Pour autant, ces agents immobiliers, ils estiment que ces situations sont indépendantes de leur volonté. Karim Doumbia, gérant d’une agence à Konatebougou s’explique. « Quand les propriétaires nous confient leurs maisons, ils fixent des bases sur lesquelles nous aussi on doit travailler. C’est en fonction de leur exigence que nous dressons des contrats entre nous et les bailleurs. En ma qualité d’agent immobilier, il m’incombe de procéder aux recouvrements des maisons que j’administre. Et s’il arrive que des locataires ne paient pas, c’est moi qui serai désigné comme coupable ». Sur la base de ces propos, notre interlocuteur se défend des accusations lancées par les bailleurs à leur égard. Selon lui, les agences n’ont rien à voir avec les augmentations sur les loyers.

Seyba D propriétaire d’un immeuble en commune 1 justifie les raisons de ses différentes augmentations. « Quand tu possèdes un bien immobilier, chaque année, tu es obligé de faire des travaux de rénovation dans les différentes pièces, respecter les conditions hygiéniques en vidant régulièrement les fosses et autres travaux. Cela coute excessivement chers. Également, je dois aussi payer les prestations de l’agence qui s’occupe de cette concession. Dans ce cas, on se retrouve obligé d’augmenter pour au moins essayer de se faire un minimum de bénéfice ». Des explications peu convaincantes selon les locataires que nous avons interrogés et qui mettent tous en avant l’appât de gain des bailleurs.

Ahmadou Sékou Kanta pour maliexpress.net  

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