Interdiction de la Chicha au Mali : la mise en application de cette mesure fera t- elle l’unanimité ?

L’annonce de l’interdiction du narguilé (Chicha) divise. Si les défenseurs de la santé publique se félicitent de cette mesure, les commerçants et consommateurs parlent d’une décision précipitée. Face à cette situation, cette mesure sera-t-elle suivie à la lettre ?

Le 15 août dernier, un arrêté a été pris par le gouvernement donnant six mois aux bars à chicha pour fermer. Le texte cosigné par six ministères, dont la Sécurité, la Santé et la Jeunesse, interdit l’importation, la distribution, la vente et l’usage de la chicha ou tout appareil similaire sur toute l’étendue du territoire national. « Toute personne qui se rend coupable de la production ou l’importation de la chicha ou tout autre appareil similaire, est punie d’un emprisonnement de 1 à 10 jours et d’une amende de 300 à 18 000 francs F CFA », peut-on lire dans le communiqué, qui précise que les personnes qui possèdent ou qui vendent de la chicha disposent de six mois pour en évacuer.

Récemment, une étude conduite dans des écoles de Bamako a montré qu’à peu près 70 % des jeunes consomment de la chicha.

Contrairement au tabac, il faut savoir que la chicha contient beaucoup plus de substances toxiques hyper-dosées. Il y a beaucoup plus de nicotine et de goudron que dans les cigarettes ordinaires. Il y a aussi des substances cancérigènes dues à la présence de métaux lourds. Et même en termes de mortalité et de maladies, il y a plus de victimes.

D’ailleurs, un groupe de travail de l’Organisation mondiale de la santé avait mis en garde en 2017 contre la dangerosité du narguilé (Chicha), qui est dix fois plus nocif que la cigarette et ne fait pas l’objet des mêmes campagnes de sensibilisation que le tabac.

Pourtant, ici, à Bamako, il y a plein de clubs de chicha et de magasins, totalement équipés pour cela. Difficile donc pour ces commerçants et chefs d’entreprises de mettre un coup de frein à une activité qui les « rapporte suffisamment de revenu et emploie également des jeunes chômeurs ». Dixit un propriétaire de club de chicha.

Pour d’autres, la mesure d’interdiction de la chicha peut paraître salutaire en raison de ses effets nocifs sur les jeunes. Cependant, « tout comme le tabac ou l’alcool, il s’agit d’excitants qui ne sont pas illicites dans la plupart des pays en raison de leur fort impact économique même s’ils sont nuisibles », affirme un citoyen.

Pour d’autres, le gouvernement aurait dû interdire la consommation de la chicha dans les lieux publics, car cette mesure va certainement pousser les jeunes à une consommation clandestine qui risque de présenter plus de risques.

Par ailleurs, cette mesure a coupé le sommeil à beaucoup de jeunes entrepreneurs dans ce domaine. « Nous devrions être prévenus avant la publication du décret et avoir suffisamment de temps. On a beaucoup de stocks ici, et on n’aura pas le temps de tout vendre d’ici là. Et après qu’est-ce qu’on va faire ? » S’interroge un autre commerçant.

Côté consommateur, on s’interroge cette fois-ci sur la capacité des autorités à appliquer le décret. Tout comme la fermeture, des restaurants durant la pandémie de Covid-19 ont été suivis de peu d’effets dans le pays, où de nombreux commerces sont informels et les moyens de maintien de l’ordre limités, certains consommateurs pensent que ce décret « est un non-lieu ». D’autres ont utilisé des expressions telles «qu’interdire pour interdire », juste une façon « pour les autorités de dire qu’il l’on fait pour la forme. Sinon au fond, ils savent que ça sera compliqué, voir impossible » a déclaré un jeune consommateur.

Source : Malijet

 

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