Comité stratégique du M5-RFP : Des membres influents demandent l’ouverture d’un débat spécial afin de circonscrire les périls qui guettent le Mali

Comité stratégique du M5-RFP : Des membres influents demandent l’ouverture d’un débat spécial afin de circonscrire les périls qui guettent le Mali

Dans une lettre en date du 7 janvier 2022 adressée au Comité stratégique du M5-RFP, Cheick Oumar Sissoko, Konimba Sidibé, Mohamed Ali Bathily, Mme Sy Kadiatou Sow, Aliou Sankaré et Modibo Sidibé (tous membres du Comité stratégique du M5-RFP) ont demandé l’ouverture d’un débat spécial au sein du Comité stratégique afin de circonscrire les périls qui guettent le Mali.

Préoccupées par la situation de notre pays, les personnalités citées ont demandé l’ouverture d’un débat spécial au sein du Comité stratégique afin de trouver une solution aux périls qui guettent le pays. Evoquant la situation du Mali, elles ont rappelé que face à la gravité de la situation de notre pays après les mascarades d’élections présidentielles et législatives en 2018 et 2020 respectivement, des partis politiques et associations de divers horizons se sont regroupés au sein d’un front politique et ont œuvré à la chute du régime du président Ibrahim Boubacar Kéita, intervenue en août 2020.

“Et la junte militaire, qui a parachevé la lutte du M5-RFP par un coup d’Etat, a mis en place un régime de transition pour une période de 18 mois, sans nous, pendant les 9 premiers mois et avec nous depuis mai 2020. Après 7 mois de gestion par un gouvernement dirigé par Choguel K Maïga, président du Comité stratégique du M5-RFP, il existe peu d’indices visibles permettant de croire que le pays est solidement engagé sur la voie de l’atteinte de notre objectif commun qu’est la refondation de la gouvernance du pays. En plus, nombreux sont nos compatriotes qui s’inquiètent aujourd’hui quant aux suites que pourraient avoir la prise de la décision de prorogation de la Transition par les autorités. Cette situation interpelle fortement les dirigeants du M5-RFP qui doivent absolument faire une première évaluation de la gouvernance de transition, en tirer les leçons, agir pour éviter tout dérapage et rendre la refondation possible”, ont-elles fait savoir. A leur entendement, cette évaluation devra traiter les points suivants :

1) Le Conseil national de Transitionransition (CNT)

Elles ont fait savoir qu’à ce jour, la position officielle du M5-RFP est que le Conseil national de Transition est une institution illégale et illégitime, raison pour laquelle elles avaient introduit devant la Cour suprême une requête aux fins d’annulation du décret pris pour la nomination de ses membres. Elles se sont interrogées pourquoi ce dossier n’a-t-il connu aucune évolution après 9 mois de gestion du gouvernement par le président du Comité stratégique du M5- RFP, alors que “Diligenter les actions pour l’annulation des décrets relatifs au CNT” est une action inscrite dans la feuille de route du M5-RFP pour la transition ?

“Le M5-RFP doit-il profiter de la nomination des nouveaux membres du CNT en remplacement des démissionnaires pour y envoyer des représentants en catimini sans que ce dossier ne soit vidé ? 

Ce serait manifestement emprunter la voie des mauvaises pratiques de gouvernance et cela nous éloignerait de la transition de rupture que nous voulons pour bâtir le Mali Kura”, ont-elles affirmé.

2) Les Assises nationales de la Refondation

Elles se sont demandé si les Assises nationales de la Refondation ont-elles été conformes aux attentes du Comité stratégique du M5-RFP ? Notamment sur les deux points suivants figurant dans leur Plan d’actions de mise en œuvre de leur feuille de route pour la transition. Il s’agit, entre autres, d’établir un diagnostic partagé de la gravité et de la profondeur de la situation nationale, des enjeux, défis et périls, et de leurs vulnérabilités structurelles ; faire émerger une vision commune de la Transition.

3) Les actes posés par le gouvernement et les progrès faits sur les principales thématiques inscrites dans la Feuille de route du M5-RFP pour la transition.

Il s’agit essentiellement, d’abord, de la défense et la sécurité. Ce point concerne, entre autres, la situation sécuritaire et l’exercice de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire national ; la refondation du système de défense et de sécurité, après en avoir fait l’état des lieux, en procédant aux reformes et de meilleures conditions de vie de la troupe. Ensuite la Justice et la lutte contre l’impunité qui concerne, entre autres, les crimes de sang en gestion publique dont les tueries des 10, 11 et 12 juillet ; la corruption et crimes économiques et en gestion publique ; la bonne distribution de la justice au bénéfice de tous les citoyens. En plus, la réduction du train de vie de l’État.

(4) La définition du contenu détaillé des réformes politiques et institutionnelles sont les points à supprimer ou à ajouter à la Constitution, à la Charte des partis politiques, à la loi électorale, aux textes créés la décentralisation, etc.

(5) L’identification des points précis de relecture de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issue du processus d’Alger.

“Quels sont les points précis à enlever, reformuler ou ajouter ?”. Pour les personnalités du Comité stratégique du M5-RFP qui demandent ce débat spécial, le Plan d’actions du M5-RFP pour la transition est très précis à ce sujet. Il s’agit de l’adoption et la mise en œuvre consensuelles d’un canevas et d’un planning de relecture de l’Accord/PR.

(6) La refondation des systèmes de l’éducation, de la santé et de la justice.

2) La Situation, le rôle et le fonctionnement du M5-RFP

D’après elles, le constat est clair que le Comité stratégique du M5-RFP est profondément divisé aujourd’hui entre ceux qui veulent réduire son rôle à celui de “caisse de résonnance” de son président, Premier ministre, et ceux qui souhaitent en faire une force de veille et de proposition efficace pour la réussite de la Transition de rupture attendue par l’ensemble du peuple malien.

“Ce clivage est voulu et entretenu par le président du M5-RFP à travers ses attaques publiques répétées contre le Mouvement démocratique de 1991 dont sont issus plusieurs dirigeants de premier plan du M5-RFP (d’abord en mars 2021 et récemment encore après sa nomination au poste de PM). Des attaques reprises et amplifiées par ses partisans zélés du Comité stratégique à travers des propos injurieux sur les réseaux sociaux (y compris le groupe WhatsApp Comité Stratégique M5). Aussi, par sa composition actuelle, le Comité stratégique du M5-RFP n’est pas en capacité d’assumer efficacement sa fonction car plusieurs de ses dirigeants de premier plan ne participent plus à ses activités après leur nomination comme PM et ministres. 

Ayant compris que les charges de PM et de ministres ne permettront pas aux intéressés d’être actifs au sein du CS, nous avons demandé un remembrement de cet organe immédiatement après la constitution du gouvernement. Cette demande a malheureusement été rejetée dans ce climat de clivage du CS”, ont-elles fait savoir.

Pour les personnalités, une autre raison de l’incapacité du CS à être majeur dans la conduite de la transition réside dans l’absence de cadre de collaboration entre lui et le PM.

“Le Premier ministre a réservé une fin de non-recevoir à la mise en place de cette règle qui avait été décidée bien avant sa nomination. Au final, toutes les décisions majeures de la Transition ont été prises sans consultation du CS. C’est par exemple le cas pour la durée de la prorogation de la Transition. Et le M5-RFP a cessé d’être un acteur majeur de la conduite de la Transition. Les pratiques du président du CS et de ses partisans zélés à l’origine de cette situation relèvent d’une volonté manifeste de faire du M5-RFP un outil au service de leurs ambitions politiques et non au service de la cause commune qui nous a rassemblés au sein du M5-RFP : la refondation de la gouvernance du Mali. Ils semblent avoir perdu de vue que le M5-RFP est un front constitué par plusieurs entités (partis politiques, associations, regroupements de partis politiques et d’associations) issues d’horizons divers qui, à la différence d’un parti politique, doit veiller à ce que ses prises de position produisent un large consensus entre ces entités membres. Il en a été ainsi jusqu’à la nomination d’un PM et de ministres M5, mais depuis, le CS a rompu avec cette pratique de recherche du consensus. La confusion est aujourd’hui manifeste entre le front qu’est le M5-RFP et un parti politique de la majorité gouvernementale n’ayant aucune prise sur l’action gouvernementale au nom de la discipline de parti. Laisser prospérer de telles pratiques au sein du M5-RFP, c’est prendre le risque d’en faire une coquille vide incapable d’être le moteur de la fondation du Mali Kura qui a motivé sa création”, ont-elles souligné.

Pour les signataires de la lettre, il est possible de faire M5-RFP un outil de veille et une force efficace de propositions pour la Transition qu’elles doivent réussir à la seule condition de prendre rapidement le mal à bras le corps. “Et c’est à cela que nous invitons nos collègues du Comité stratégique. C’est à cette fin que nous demandons la tenue sans délai d’une réunion extraordinaire du CS MS-RFP en vue de débattre de ces problèmes et de procéder aux rectifications nécessaires sur la base de compromis partagés par toutes les entités représentées au sein du CS du M5-RFP. Sachons tirer les leçons des nombreuses belles expériences de mouvements politiques qui ont tourné court et favorisé l’enfoncement progressif du Mali dans la grave crise multidimensionnelle qu’il vit aujourd’hui. Continuons à penser Collectif et à agir Collectif comme avant notre entrée au gouvernement.

 Soyons une force de soutien, mais aussi des critiques et des propositions pour le gouvernement. Faire du M5-RFP une caisse de résonance du gouvernement, partage du gâteau à l’appui, c’est prendre clairement la voie de l’échec de la refondation du Mali”, ont dit les signataires de la lettre.