Comité d’orientation stratégique sur les reformes : Que peut faire Moctar Ouane ?

Comité d’orientation stratégique sur les reformes : Que peut faire Moctar Ouane ?

C’est acté à la Primature : le Premier ministre Moctar Ouane, dans la foulée de la présentation du PAG, dont il réussi devant le CNT, a décidé de la mise en place, sous son l’égide d’un comité d’orientation stratégique sur les réformes politiques et institutionnelles au Mali.

Une fois qu’il est placé sous l’autorité du PM, et donc soumis à son bon vouloir, le comité va-t-il ainsi perdre son indépendance d’action ? Serait-il finalement une coquille vide, insusceptible de conduire le processus des réformes, tel qu’il est attendu de la transition ?

Manipulation ou volonté réelle de conduire efficacement le processus de réformes, auquel tout le Mali aspire ? Voilà de manière prosaïque les réserves les plus acerbes et les plus nombreuses, qui sont formulées au sein de l’opinion publique concernant le choix manifeste du Premier ministre Moctar Ouane de mettre en place un comité stratégique sur les réformes politiques et institutionnelles dans le pays.

Si, pour ce choix stratégique, le contexte a été abondamment expliqué par le PM, pour décider de la mise en place d’un tel outil dont les membres, choisis selon les propres critères du chef du gouvernement, pour l’impératif de l’enjeu, il n’en demeure pas moins que le scepticisme gagne du terrain, dans de nombreux secteurs de la vie publique. En cause ?  La volonté réelle du gouvernement de changer les choses en profondeur. Et cela, compte tenu de la réalité malienne (plusieurs tentatives de réformes ont échoué), qu’il ne faut pas minimiser, dès qu’il s’agit d’engager certaines réformes politiques, comme par exemple celle impliquant la révision de la constitution.

Si, par ce comité d’orientation stratégique, le PM, comme il l’a clairement spécifié, dans les termes de référence dudit organe, cherche à gagner une plus grande implication des forces vives du pays dans le processus des réformes, il est indispensable de réussir l’inclusivité là-dessus. Pour ne pas risquer de passer à côté de l’essentiel.

Et pour cela, le plus difficile à réussir, au Mali, c’est l’union sacrée, dès qu’on parle de réformes majeures. L’histoire récente de notre pays nous incite à la plus grande prudence, à ce sujet, ô combien, stratégique, car ce sont au bas mot près de trois tentatives massives de réformes qui ont lamentablement échoué, depuis les années 2000 à nos jours, où la dernière en date remonte à seulement en 2018, avec un énième report du processus de révision de la constitution, dont personne, absolument personne, au Mali, ne conteste les lacunes graves et dangereuses.

Hélas ! La voie des réformes, comme sous d’autres cieux, n’est pas de tout repos, sous nos tropiques. Le PM le sait d’autant plus qu’il a lui-même évoqué toutes ces vaines tentatives de refondation, depuis les tout premiers pas de la démocratie au Mali.

Voilà donc pourquoi, pour mieux se servir des erreurs du passé, et éviter les pièges susceptibles d’en résulter, le comité stratégique, ainsi proposé par le gouvernement, devrait nécessairement disposer d’une plus grande autonomie d’action et d’initiative pour ne pas être catalogué comme ce machin du PM.

Bien évidemment, la bonne volonté exprimée du PM de réformer le pays, à travers son fameux comité d’orientation stratégique, ne suffira pas pour gagner la confiance des divers acteurs nationaux, concernés par ce processus de changement. Dès lors que ces derniers, qui tardent d’ailleurs à manifester leur pleine adhésion à la chose, auront le sentiment que ledit comité vient, à l’état actuel des choses, tel qu’il a été planifié par le PM, comme une déviance à l’endroit des structures officielles existantes, y compris le ministère de tutelle, dédié carrément à cette tâche primordiale.

Tant que les acteurs nationaux, auxquels le PM appelle à adhérer massivement à son projet, auront le sentiment de déviance du comité vis-à-vis des structures existantes, chargées des questions de réformes du pays, ils mettront du temps à se l’approprier convenablement. Et cela, par la faute qu’elle ne jouit pas d’une trop grande liberté d’action, s’agissant d’un organe consultatif, comme il l’est, qui en a réellement en besoin pour connaître son plein régime.

Source : La Preuve