Le Lieutenant-Colonel Dr. Aïssa Koné, directrice du programme national de lutte contre le paludisme au Mali : «Le paludisme représente de 34 jusqu’à 37% de taux de consultation»

Le Lieutenant-Colonel Dr. Aïssa Koné, directrice du programme national de lutte contre le paludisme au Mali : «Le paludisme représente de 34 jusqu’à 37% de taux de consultation»

«En 2021, nous avons enregistré jusqu’à 3 millions de cas de paludisme dont 1 480 cas  de décès»

Au Mali, le paludisme est un problème majeur de santé publique. Premier motif de consultation dans les structures de santé, il est également la première cause de décès chez les enfants de 0 à 5 ans. Chaque année, on assiste à une recrudescence de cas pendant l’hivernage. Les moyens de prévention actuels sont l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide et la chimio-prévention du paludisme saisonnière chez les enfants de 3 mois à 59 mois et de 5 jusqu’à 10 ans. Plus de précision dans cette interview du lieutenant-colonel Dr. Aïssa Koné, directrice du Programme national de lutte contre le paludisme au Mali.

Aujourd’hui-Mali : Quelles sont les missions du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) au Mali ?

Aïssa Koné : Les missions du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) au Mali sont surtout de coordonner l’ensemble des activités de lutte contre le paludisme sur l’ensemble du territoire national, en même temps d’assurer un accès universel et équitable aux interventions de qualité de lutte contre le paludisme à toute la population ; améliorer les capacités de coordination et de gestion à tous les niveaux ; renforcer les partenariats, notamment avec les partenaires de développement du secteur privé ; contribuer au renforcement du rôle du système de santé et surtout améliorer la gouvernance sanitaire.

Quels sont les mécanismes mis en place pour la lutte contre le paludisme au Mali ?

Les directions régionales de santé sont les représentants du Programme. Au Mali, une politique de lutte contre le paludisme a été mise en place de laquelle découle beaucoup de stratégies, conformément aux orientations de l’Organisation mondiale de la santé. Ces stratégies sont mises en œuvre selon un plan stratégique nationale. Comme principale stratégie de lutte contre le paludisme, nous pouvons citer la prise en charge des cas de paludisme à travers des diagnostics biologiques et les traitements appropriés des cas confirmés. Nous avons aussi la lutte antibactérienne à travers la distribution de moustiquaires imprégnées de longue durée d’insecticide lors des campagnes de masse et en même temps aussi en routine aux cibles les plus vulnérables. Nous faisons également de la pulvérisation intra domiciliaire communément appelé PI dans les zones ciblées. Il y a l’assainissement du milieu de l’habitat.

La prévention du paludisme chez la femme enceinte à travers le traitement préventif intermittente qu’on appelle TPI. Ce qui est recommandé sur le plan national, c’est qu’une femme quand elle tombe enceinte doit venir au centre de santé pour faire la CPN (consultation prénatale) et normalement elle doit prendre ce médicament chaque mois jusqu’à son accouchement et c’est ce qui va protéger la femme enceinte et son futur bébé contre le paludisme.

Nous faisons de la chimio-prévention du paludisme saisonnière qu’on appelle CPS chez les enfants de 3 mois à 59 mois et les enfants de 5 jusqu’à 10 ans. En ce qui concerne la chimio-prévention du paludisme saisonnier dont nous allons faire le lancement officiel le 21 juillet Bougouni, elle consiste à donner les médicaments à tous les enfants des tranches d’âge précitées. Chaque mois, au niveau des directions régionales de la santé, le programme sort, tout le monde s’appelle à cette activité pendant 5 jours. C’est de 3 à 5 mois selon les zones parce que nous venons de commencer la période de haute transmission et il faut que la campagne réussisse pour qu’on puisse avoir moins de cas dans nos  structures de santé.

Quels sont les constats avec la mise en œuvre de cette stratégie ?

Avec la mise en œuvre de cette stratégie, actuellement dans les périodes de haute transmission, on voit moins de malades dans les centres de santé surtout chez les enfants. Je profite de l’occasion pour annoncer que nous allons passer de porte à porte, qu’on garde les enfants à la maison pour que les distributeurs puissent leur donner les médicaments. Dans les zones où c’est des points de rassemblement, qu’on amène les enfants pour qu’ils reçoivent les médicaments parce que ces comprimés protègent pendant un mois et le mois suivant on refait la même chose.

Nous avons aussi la lutte contre les épidémies et les urgences liées au paludisme. Nous faisons de la promotion de la santé à travers la communication pour le changement social et de comportement, la mobilisation sociale, le plaidoyer. Nous faisons de la surveillance, du suivi et évaluation surtout la recherche opérationnelle, la gestion et coordination du programme.

Si nous prenons l’Algérie, le Maroc ils avaient le paludisme chez eux, mais maintenant ils l’ont éradiqué, qu’est-ce qui nous empêche au Mali d’éradiquer également le paludisme de chez nous parce qu’à chaque fois qu’on parle de paludisme, tellement qu’on est habitué, il est chez nous depuis des années, tout le monde dit Mme est-ce que c’est possible de l’éliminer ? Je leur réponds toujours d’être juste objectif. Si nous nous donnons la main, nous le pourrons.

Quels sont les résultats obtenus ?

Avec la mise de ces différentes stratégies, nous avons eu des résultats encourageants qui ont été enregistrés en matière de lutte contre le paludisme au Mali. Cependant, il faut reconnaitre que des défis restent à relever afin d’amorcer la phase d’élimination tels que accroitre la mobilisation des ressources financières internes pour la mise en œuvre des activités conformément à la planification.

Il faut aussi l’adhésion des populations au respect de mesures éditées par les agents de santé et la prise en charge des cas. Quand nous donnons des moustiquaires imprégnées, il ne s’agit pas de les prendre et les garder, il faudra les utiliser. Il y a aussi l’amélioration de la sécurité qui va nous permettre une implémentation efficace des activités à tous les niveaux. Il faut aussi une disponibilité permanente des enfants à tous les niveaux et la consolidation des acquis. Ça c’est important parce qu’il faut qu’on arrive à consolider ce que nous avons.

Avec les fréquences de consultations, quelle maladie représente le taux le plus élevé ?

Avec les fréquences de consultations, c’est le paludisme qui représente de 34 jusqu’à 37 % de taux de consultation et nous incitons aussi des gens lors des premiers signes seulement de maladie, quand vous voyez que vous faites de la fièvre que ce soit un adulte ou un enfant, il faut rapidement faire recours au centre de santé. Il ne faut pas attendre que la maladie s’aggrave pour aller à l’hôpital ou au centre de santé. Cela est très important pour nous, toute fièvre n’est pas égale au paludisme, mais arrivé au centre de santé, actuellement, on ne fait plus le traitement du paludisme sans diagnostic. On fait d’abord le test pour s’assurer que telle personne a vraiment le paludisme avant de lui donner le traitement. Les tests de diagnostic rapide dans les centres de santé pour tout le monde c’est zéro franc, mais quand c’est la microscopie, on demande aux gens de payer. En ce qui concerne les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes, les médicaments sont gratuits.

Quelles sont les statistiques du Mali ?

Les statistiques concernant le paludisme au Mali sont encourageantes parce que quand nous prenons la prévalence au Mali actuellement, ça varie d’une région à l’autre. La prévalence c’est que ça soit les anciens et les nouveaux cas, quand nous les ajoutons, quand on prend 100 personnes, on va trouver que 19 font le paludisme. Selon l’enquête des indicateurs du Mali de 2021, il ressort que la prévalence est à 19 % et au niveau de Bamako et à Kidal, nous sommes à 2 %. C’est à Mopti que c’est élevé, là nous sommes à 27 %. A Ségou et Sikasso, nous sommes dans les 26 %. A un moment donné au Mali, nous étions jusqu’à 47 %. Ces données n’ont pas encore été publiées.

Quand nous prenons le taux de possession de moustiquaires imprégnées de longues durées, il est ressortit dans l’enquête des indicateurs du paludisme au niveau des ménages que nous sommes à 91 %, c’est-à-dire au niveau des ménages actuellement, quand vous passez sur chaque 100 ménages, vous allez trouver que 91 % disposent des moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Concernant le taux de confirmation des cas suspects, c’est à 93 % après diagnostic. Par rapport au taux de confirmation des cas de paludisme simple ou les traitements de CTA, nous sommes jusqu’à 99 %. CTA c’est le médicament de prise en charge de paludisme simple et c’est par voie orale, sinon il y a le paludisme grave aussi.

En 2021, nous étions partie jusqu’à 3 millions de cas de paludisme, dont plus d’un million de cas graves, mais les décès enregistrés étaient à 1480. Tous nos cas de décès sont des cas de paludisme grave. Les cas simples c’est justes les vomissements, les courbatures, mais quand c’est grave, l’enfant ne peut rien faire par lui-même. Il ne peut pas manger, des cas d’anémie surviennent et c’est ce qui amène les cas de décès, ce qui est à éviter. Avec l’adulte, nous supportons mieux, quand ça ne va pas, on dit seulement je ne me sens pas bien aujourd’hui, on traine avec et arrivé à l’hôpital cela trouve que c’est au stade extrême, cela aussi amène des cas de décès.

Quel message à l’endroit de la population

J’invite vraiment toute la population, nous ne devons plus avoir de cas de décès de  paludisme parce que moi en tant que directrice je sais que l’Etat a tout fait, tout est à notre disposition, et puis nous avons  des partenaires d’appui. A relancer aussi le fonds mondial et l’USAID qui sont vraiment nos partenaires privilégiés. Ils mettent tout en œuvre pour que nous ayons les produits à tous les niveaux en plus des tests de diagnostic rapide. Il ne reste plus qu’à suivre les directives, pour moi, même un cas de décès est de trop.

Réalisé par Marie Dembélé

Source : Aujourd'hui Mali