Choguel Kokalla Maïga, comité stratégique du M5, président du MPR : « Sans rectification de trajectoire, la transition ira droit au mur »

Choguel Kokalla Maïga, comité stratégique du M5, président du MPR : « Sans rectification de trajectoire, la transition ira droit au mur »

L’occupation de Farabougou par les terroristes, l’insécurité grandissante à Bamako, au Centre et au Nord du pays, la mise en place du CNT, la propagation du Coronavirus, les grèves à répétition, etc. Choguel Kokalla Maïga du Comité stratégique du M5 non moins Président du MPR nous livre son analyse, après les 100 jours de la Transition qu’il juge sans bilan !

Mali-Tribune : Quelles appréciations faites-vous des 100 jours de la transition ? Est-ce qu’on s’en sort bien ?

Choguel Kokalla Maïga : Dommage ! Mon opinion est connue la transition est dans l’impasse au bout des 100 jours. Qu’est-ce que nous avons vu ? Vous avez Farabougou qui est toujours occupé, vous avez les grèves des syndicats, vous avez l’insécurité à Bamako, la propagation du Covid-19 donc qu’est-ce qu’il y a comme bilan ? Il n’y a rien. Pour moi, les 100 jours, il n’y a pas de bilan, on va droit au mur, nous l’avions dit et c’est notre position.

 Mali-Tribune : Malgré les couacs qui tournent autour de la composition du CNT, il est déjà en place quelles sont vos impressions ?

C K. M. : Non, c’est un organe illégitime. Ça c’est notre point de vue. Il a été installé de façon illégitime et illégale parce que non seulement les décrets qu’ils ont pris violent la Charte de la transition mais ces mêmes décrets ils les ont violés en installant le CNT. L’installation du CNT viole et la Charte de la transition et le décret qui institue les conditions d’éligibilités et la clef des répartitions lorsque vous installez une structure sur une base illégale et illégitime que voulez vous qu’on a attende ? Rien du tout.

 Mali-Tribune : On assiste à une absence totale des politiques au sein du CNT, que-ce qui explique cette absence ? Et pourquoi le M5 a décliné les huit sièges à lui proposés ?

C K. M. : Ce que les gens ne comprennent pas, tout ce qui est en train d’être mis en œuvre, les idées viennent du M5 même le nom Conseil national de Transition, c’est dans la documentation qu’on leur a remis même le chiffre 121, c’est nous qui avons donné tout ça, mais ils sont sortis de ce cadre pour en faire à leur tête. A partir de ce moment, nous ne pouvons pas cautionner l’arbitraire, c’est pourquoi nous avons dit que nous ne pouvons pas être une caution avec des militaires divisés. Vous avez une oligarchie militaire qui en impose à tout le monde en violation de la loi, en violation de la Constitution, en violation avec les textes qu’eux-mêmes ont pris. Qu’est-ce que vous voulez qu’on a attende ? Nous n’attendons pas grande chose, c’est pourquoi, nous avons toujours dit que la transition telle que conduite aujourd’hui va dans l’impasse, elle va s’admettre tôt ou tard toute cette forme-là, s’il n’y a pas de rectification de la trajectoire de la transition, ils iront dans l’impasse.

Mali-Tribune : Sans l’accompagnement des partis politiques dans son écrasante majorité, pensez-vous que les 121 membres du CNT peuvent relever le défi en matière de législation ?

C K. M. : Ils ne pouvaient pas parce qu’ils ne sont pas légitimes et ils sont installés sur une base illégitime plus les questions même de capacité intrinsèque. Moi, je ne crois pas. Ils vont faire beaucoup des textes mais, ce n’est pas des textes qui vont résoudre réellement les problèmes qui sont posés aux Maliens. Ce n’est pas des textes qui vont donner satisfaction aux attentes de changement des Maliens. Je ne peux pas croire parce que la façon dont une institution est installée peut donner une idée de comment elle va fonctionner, pouvez-vous donner une idée de ce qu’elle va faire, quel problème elle va résoudre ? La façon dont cette institution est installée dans le fond et dans la forme ne nous laisse pas croire, qu’elle peut fonctionner comme une véritable institution législative. Ils vont faire du bricolage juridico-institutionnel jusqu’à ce qu’ils arrivent dans l’impasse.

Mali-Tribune : Pour ses détracteurs, le M5 est mort de sa belle mort et pour ses partisans le Mouvement se porte bien et bientôt il sera dans la rue. Concrètement comment se porte le M5 en tant que membre du Comité stratégique du Mouvement du 5 juin ?

C K. M. : Ceux qui disent que le M5 est mort, on se demande pourquoi ils en parlent ? S’il est mort et ils continuent à en parler c’est qu’ils sont conscients qu’il n’est pas mort. Pour le reste, le Comité stratégique du M5 a fait une sorte de repli stratégique pour réfléchir la suite à réserver à ce qui est en train de se passer au Mali. Nous avons fini le travail de réflexion, le fruit de cette réflexion est consigné dans un document que nous avons intitulé « Notre vision de la transition». Nous avons fait une autre réorganisation interne et un nouvel organigramme tout cela va être rendu public ce mardi 22 décembre à 16h au mémorial Modibo Keita à l’issue d’un point de presse, tous les détails seront donnés à cette occasion.

 Mali-Tribune : Est-ce que le divorce entre le M5 et la Cmas est consommé ?

C K. M.: Non la Cmas a une composante à travers l’imam Diarra qui est resté dans le M5-RFP qui siège dans le Comité stratégique. Ils ont même pris un nouveau nom, ils ont créé une nouvelle organisation qui va intégrer le M5. Ce serait une simple formalité pour le reste la Cmas ancienne formule nous avons terminé avec parce que ceux qui la dirigent ont décidé de faire un autre choix que nous respectons même si nous ne sommes pas d’accord.

Mali-Tribune : Quels sont vos rapports avec l’imam Mahamoud Dicko ?

C K. M. : Dicko nous a informé officiellement qu’il retourne dans la mosquée. Nous en avons pris acte et on s’en tient à ça. C’est un chef religieux à un moment donné, il venait dans les manifestations du M5-RFP, il nous a dit plus tard que lui il retourne à la mosquée. Nous en prenons acte nous respectons son choix.

Mali-Tribune : En tant que politique, êtes-vous d’accord avec la grève de 5 jours de l’UNTM dans ce contexte de crise sécuritaire, économique et sociale ?

C K. M. : Vous savez, la grève c’est un droit constitutionnel donc personne ne peut empêcher les syndicats de grever même si j’entends quelques-uns dire qu’il faut interdire la grève. Ce qu’ils ne savent même pas, sur quoi fonctionne l’Etat de droit. La situation difficile que nous vivons effectivement doit amener les uns et les autres à beaucoup plus de modérations, mais la modération doit venir de deux côtés lorsqu’un gouvernement méprise les syndicats, il ne les écoute pas, se met à leur menacer se met à payer des gens sur les réseaux sociaux à l’intérieur et à l’extérieur pour insulter, dénigrer les dirigeants des syndicats, vous pouvez imaginer qu’il va y avoir une crispation.

Sinon pour les revendications, je pense que les syndicats mettent toujours la barre plus haut pour négocier. Je n’ai jamais vu un syndicat dire qu’il a 10 points de revendications que si les 10 points ne sont pas satisfaits, qu’il va rester sur sa position.

Je pense que le gouvernement n’a pas les moyens objectivement quel que soit le gouvernement même si c’est un autre de satisfaire toutes les revendications des syndicats. Mais il faut s’assoir pour d’abord reconnaitre la légitimité des revendications, expliquer ce qui est possible et ce qui ne l’ai pas. Lorsqu’un gouvernement d’entrée de jeux dit à des syndicalistes écouter ce que vous demandez nous n’avons pas les moyens, on préfère vous le dire toute suite sans même renter dans le fond  des débats, le gouvernement crée lui-même la rupture. C’est ce que nous voyons aujourd’hui et si vous ajoutez à cela les menaces, les injures et la déconsidération, je ne crois pas que le gouvernement crée les conditions d’un accord avec les syndicats.  

Mali-Tribune : Si vous étiez dans le gouvernement de transition à un niveau de décision, quelle proposition de solutions feriez-vous faire à l’UNTM ?

K. M. : D’abord je ne suis pas dans le gouvernement, j’ai n’ai pas les éléments de décision à partir de là. Je ne peux pas donner un avis. Ce que nous avions dit en son temps, si c’est des forces du changement qui avaient réellement les réalités du pouvoir pour diriger la transition, nous avions dit d’entrer de jeux, il faut faire l’état de la nation, l’état des finances, auditer la gestion financière du pays ces derniers années, comme ça, les quatre mois auraient pu être mis à profit pour dire aux Maliens, voilà l’état dans lequel on a trouvé les fiances publiques. Quand vous demandez aux travailleurs de serrer la ceinture, il faut donner l’exemple au niveau du gouvernement. Concrètement qu’est-ce qu’ils ont fait ?

Propos recueillis par

Ousmane M. Traoré.(stagiaire)

SourceMali Tribune