Lutte contre la délinquance financière : Et si la récupération des fonds détournés était privilégiée

Lutte contre la délinquance financière : Et si la récupération des fonds détournés était privilégiée

Même si de nombreux Maliens applaudissent les emprisonnements de hauts cadres de l’Etat dans des cas avérés ou supposés de détournements de deniers publics, l’on s’interroge sur la volonté du pouvoir.

Pour certains observateurs, ce sont des motivations plutôt populistes qui sont à la base de ces cas d’arrestations de présumés délinquants financiers, par ces temps de transition.

Si l’objectif de « la lutte farouche contre la corruption et la délinquance financière » est d’envoyer d’anciens hauts responsables de l’Etat en prison, il serait en voie d’être atteint. Car, aujourd’hui, une bonne dizaine de hauts ordonnateurs sont déjà placés sous mandat de dépôt. Il s’agit, entre autres, à titre d’exemple de l’ancien Premier ministre, non moins ancien ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga, l’ancien ministre de l’Economie et des finances, Mme Bouaré Fily Sissoko, l’ancien ministre- Directeur de cabinet du président IBK, Mahamadou Camara. Sans compter de hauts gradés de l’Armée, tous détenus dans les affaires dites de l’avion présidentiel et des équipements militaires. Pour tous ces « gros poissons », il semble que les fonds présumés détournés devraient atteindre plusieurs milliards de nos francs. Et il est établi au jour d’aujourd’hui qu’aucun sou n’est encore récupéré, surtout que la justice n’a pas encore évolué sur ces dossiers, la procédure n’étant qu’à la phase de la détention préventive, les prévenus évoquant des vices de procédures ou plaidant leur innocence. Ce qui pousse à se demander pourquoi les autorités n’ont pas privilégié une démarche pédagogique visant à récupérer les fonds présumés détournés dans ces affaires.

En effet, au temps d’ATT, les cadres épinglés dans les premiers rapports du Vérificateur Général recevaient des citations discrètes pour être confondus et sommés de rembourser les fonds supposés volés. N’est-il pas avantageux de faire reverser dans les caisses de l’Etat l’argent qui lui est volé du fait des marchés frauduleux ou surfacturés dans ces différentes affaires ? Puisque, dans les cas susmentionnés, les présumés délinquants financiers sont jetés en prison sans aucune forme de procès, comme pour simplement plaire à une certaine opinion. Alors que certains pays, comme le Rwanda, la Tanzanie, le Bénin, etc  ont remporté des succès éclatants dans la lutte contre la délinquance financière par la prise de certaines mesures préventives ou des dispositions dissuasives discrètes mais efficaces.

En clair, tout se passe aujourd’hui au Mali comme si la promesse des autorités de la Transition de « sévir contre la corruption et la mauvaise gouvernance » doit être tenue à tout prix pour plaire à une bonne partie de l’opinion. Les caisses de l’Etat en tirent-elles un profit quelconque, par ces temps de tension de trésorerie ? Rien n’est moins sûr ! Cet engagement populiste du « changement » ne peut passer que par l’emprisonnement de certaines personnalités qui ont géré d’importants fonds publics. Celles-ci accuseront très tôt d’une chasse aux sorcières et d’une violation des textes en vigueur juste pour les humilier ou briser leurs ambitions politiques. Des arguments qui pourraient emballer certains observateurs et tenter de semer la confusion dans les esprits. Certains partenaires du Mali n’élèvent-ils pas la voix déjà pour exiger la fin des poursuites contre certains acteurs politiques ? Ces récriminations ne polluent-elles pas le climat politique devant conduire à des élections apaisées ? Dans un Mali aussi fragile au plan politique et sécuritaire, doit-on poursuivre sans ménagement des officiers supérieurs de l’Armées, et/ou des leaders politiques, au moment où le pays a besoin de plus de cohésion pour contrer toute adversité étrangère ? Ne sera-t-il pas plus pragmatique de créer une commission de récupération des fonds publics détournés ou mal gérés dans les différents scandales qui ont pu marquer la gouvernance IBK ? « Certainement », analysent plusieurs observateurs, qui relèvent que cette méthode serait plus efficace et permettrait à l’Etat de se porter mieux, tant au plan financier que sociopolitique.

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