Gouvernance de Transition : La justice doit-elle se jeter des fleurs?

Lorsque, dans un système judiciaire, des prévenus ou accusés soutenus par des organisations d’acteurs de la justice dénoncent des cas de « détention abusive » ou de « justice de vainqueurs », l’on doit s’éloigner de l’auto-satisfécit…

Un adage africain bien connu indique que l’enfant, qui ne s’est pas beaucoup promené, ne tarit jamais d’éloges sur les qualités gustatives exceptionnelles de la sauce sa mère ! C’est ce à quoi l’on a presque assisté la semaine dernière, lors de la célébration de la semaine de la justice au Mali. Puisque le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué a cru devoir jaser du très bon état de santé de la justice malienne, alors que les avis contraires foisonnent et ne sont pas sans éléments probants.

En Effet, à l’issue de la célébration, le week-end dernier, de la semaine de la justice, le ministre Mamoudou Kassogué a presque versé dans l’autosatisfaction, estimant que la justice malienne ne se porte pas si mal que cela Il tentait ainsi des comparaisons plutôt abstraites sur certains pays où l’effectif carcéral est plus important, etc. L’on est en droit de s’interroger sur d’autres facteurs qui interviennent dans la constitution de la population carcérale. Car, le ministre Kassogué a-t-il oublié que le Mali a des ressorts culturels de règlements des conflits plus versés dans la conciliation, les transactions et les arrangements ? En cela, le degré de judiciarisation des conflits et différends sociaux n’est-il pas plutôt faible ? En plus, l’indice de criminalité du peuple malien n’est-il pas faible par rapport à d’autres nations qui ont peut-être connu des histoires plus mouvementées, prédisposant à une forte criminalité ?

A titre d’exemple, au Mali, les richesses culturelles comme le cousinage à plaisanterie, le respect des classes sociales et des castes dissuadent d’enclencher de nombreuses procédures judiciaires. Et, lorsqu’on évite les procédures judiciaires, on fait moins de détenus ou d’incarcérés. Ce qui a l’avantage de baisser drastiquement l’effectif de la population carcéral. Surtout que ce chiffre doit aussi tenir compte de la population totale du Mali, qui avoisine les 20 millions d’habitants.

En outre, le ministre ne doit pas gloser sur l’absence de prisonniers politiques (d’opinion) pour juger du bon état de santé de la machine judiciaire de son pays. Car, même si des acteurs politiques sont en prison pour « leur gestion et non leur opinion », il y a des situations où l’appréciation de « l’acte de gestion » d’un responsable politique est plutôt liée à ses opinions… C’est dans ce sens qu’un acte de donation faite par l’Etat et réceptionné par un ancien Premier ministre peut devenir un cas présumé de détournement de bien public, quand ce commis de l’Etat tombe en disgrâce à l’égard du prince du jour. Ce sont des réalités de la gouvernance dans presque tous les pays, et en particulier au Mali.

Enfin, l’on ne peut se jeter des lauriers à la machine judiciaire quand des détenus dénoncent le non-respect du sacro-saint principe de la présomption d’innocence, se considérant comme des détenus par pure méchanceté ou comme bouc émissaire pour auréoler une politique populiste de lutte contre la corruption. Quid de l’ancienne ministre, Mme Bouaré Fily Sissoko, qui croupit en prison depuis plusieurs mois ? L’association des Procureurs et poursuivants n’a-t-elle pas alerté récemment sur sa situation déplorable, pour une dame âgée de plus de la soixantaine à laquelle l’on a exigé une caution salée de plusieurs centaines de millions pour sa liberté ? Que vaut une poursuite avec détention d’une prévenue dans une affaire où le cerveau présumé, l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga est déjà mort en détention (action publique éteinte) ? Ce sont des questions que les uns et les autres se posent sur l’état de la justice malienne en cette ère de transition et de course vers le Malikura. Des efforts restent à faire et ils n’ont pas besoin d’une quelconque satisfaction béate pour se complaire dans la médiocrité… Quid de la situation de l’ancien ministre Mahamadou Camara, toujours détenu, depuis plus d’un an, dans le même dossier de l’avion présidentiel sous IBK ? Pourquoi les jugements de ces cas traînent tant, alors qu’ils sont présumés innocents ? Volonté d’administrer une bonne justice ou volonté de châtiment ou d’humiliation ? L’on ne saurait répondre.

Sans oublier de signaler « l’absence de journaliste en prison au Mali » n’est pas un critère pour s’auto féliciter. Car, l’autre prison du journaliste peut être l’autocensure, l’intimidation (suspensions ou interdictions d’émissions) ou une gouvernance le privant de subsides existentielles (abonnements et marchés d’annonces). Ce qui aura le mérite de l’obligeant à se… «Prostituer » pour exercer leurs professions, dans le but de survivre.

Comme on le voit, au lieu de se complaire dans la jubilation, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux doit mieux diagnostiquer l’appareil judiciaire sur d’autres aspects comme l’accès à la justice, le quota de magistrats, les infrastructures, etc. Et sur ces questions, la gouvernance de transition, devant conduire au Malikura, devrait chercher à mieux de faire. Au lieu de s’applaudir à se rompre les phalanges, non ?!

Boubou SIDIBE/maliweb.net

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *