Fleuve Niger : Une artère vitale au cœur des menaces

Au cœur des menaces que sont l’aridification des états de surfaces, l’ensablement du lit, la dégradation des berges, l’occupation anarchique des berges du lit et la pollution des eaux, le fleuve Niger a besoin de secours pour 

Sur une longueur de 1700 Km au Mali, le fleuve Niger traverse certaines grandes villes telles que Bamako, Koulikoro, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Ansongo. Cette puissante artère est vitale pour les populations, notamment les pêcheurs, les éleveurs et les agriculteurs. Plus des 3/4 des peuples dépendent directement des ressources du bassin du fleuve. Ce cours d’eau est à la base de la production de l’eau potable, l’irrigation, la pisciculture, la production d’énergie et le transport. Ce qui fait de lui une source essentielle des richesses du Mali, par conséquent « un atout majeur pour son développement ». 

Sur tout autre plan, le fleuve Niger est un « réservoir culturel et naturel exceptionnel, berceau de grandes civilisations et riche d’un patrimoine culturel mondial ». Il a façonné la vie, les us et coutumes de toutes les sociétés qui se sont succédé ses bords, ceux de ses affluents et défluents.

Malheureusement, le bassin du fleuve est aujourd’hui sous menaces des actions anthropiques et du changement climatique. Au Mali, le fleuve est confronté à deux problématiques majeures, à savoir « la dégradation de ses berges, l’agression de ses servitudes et de son lit » et la pollution de ses eaux du fait des activités anthropiques artisanales et industrielles ». Plusieurs études réalisées sur la période 2008-2020 attestent de cette situation.

En effet, selon un note introductive relative aux problèmes environnementaux de l’Agence du Bassin du Fleuve Niger (ABFN), adressée à l’attention du ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, « le bassin du fleuve Niger subit une dégradation de l’ensemble de ses ressources naturelles à des degrés divers suivant les zones agro-écologiques, le rendant de plus en plus vulnérable ». Entre autres dégradations auxquelles le fleuve fait face, il faut noter l’aridification des états de surfaces, l’ensablement du lit, la dégradation des berges, l’occupation anarchique des berges du lit et la pollution des eaux. Ce qui fait dire au Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) que le bassin du fleuve Niger est « l’une des régions au monde les plus vulnérables au changement climatique ».

La situation est tellement inquiétante, concernant la dégradation des berges et l’agressions des servitudes. De fait, l’extension incontrôlable de la ville de Bamako, au fil des deux dernières décennies, a « littéralement envahi les franges territoriales situées le long du fleuve sur les rives de façon anarchique ».  Ce, malgré les outils de planification urbaine, tels que le Schéma Directeur d’Urbanisme de Bamako et le plan d’aménagement urbain des servitudes du fleuve Niger dans le District de Bamako. Du coup, explique l’ABFN, les réserves foncières qui devraient être aménagées en servitudes pour le fleuve ont été quasi totalement occupées de façon inappropriée, et/ou ont fait l’objet de titres de propriétés privés rendant l’accès au fleuve impossible par endroits. « La prolifération de constructions des bâtiments à usage d’habitation ou bureau surtout le long des berges du Fleuve Niger « est un risque qui peut jouer sur le Fleuve Niger sur son débit. Parce que plus la largeur est rétrécie, plus le débit est fort. Là, ça peut causer des inondations. Mais c’est un des risques que le Fleuve Niger encourt », Youssouf Karambé, président en exercice du bureau exécutif de Clean ming Mali. 

Quant à la problématique liée à la pollution de fleuve, les déchets charriés (liquides et solides) que drainent les collecteurs y élisent domicile, avec comme conséquence la prolifération de plantes aquatiques. Selon les statistiques, six cent onze mille cinq quarante-huit (611.548) mètres cubes de déchets solides sont déversés dans le Fleuve Niger chaque année. 

 « Cette pollution est issue de nos concessions, elle commence de nos concessions jusqu’au Fleuve Niger. Les grands collecteurs de Bamako sont tous traînés vers le Fleuve Niger. Donc, c’est le Fleuve Niger qui reçoit les Eaux usées domestiques à la dernière position. Si nous prenons les quartiers précaires comme les quartiers sur la rive gauche, ils ne disposent pas de fosses septiques et rarement des fosses septiques. Le traitement de déchets liquides sera très difficile. C’est dans ce cadre-là même qu’on voit des écoulements qui se font dans les ruelles jusqu’au Fleuve Niger. C’est un facteur qui menace le Fleuve Niger », a longuement expliqué Youssouf Karambé.

Le témoignage du vieil Ousmane Traoré, un octogénaire riverain du fleuve, est inquiétant : « Au fil des ans, nous maisons sont menacées de disparaître. Pendant l’hivernage, nos pieds sont sous l’eau, l’eau est sale, mais nous sommes obligés de la boire. Sinon, nous n’avons pas d’autres alternatives ». 

Remèdes

Comme mesures préventives, l’Administration, le Ministère ou l’État doit prendre des mesures pour lutter contre l’occupation anarchique des berges du Fleuve Niger. Aussi les brigades doivent, « au préalable » être responsabilisées. « Il faut au moins responsabiliser les familles qui se trouvent au niveau des berges du Fleuve Niger, des deux (2) côtés, essayer de définir des principes pour au moins limiter le déversement des déchets solides et liquides dans le Fleuve Niger, mais aussi interpeller les contrevenants. On peut prévoir aussi le curage du nid du Fleuve Niger, procéder aussi au prélèvement de données et ainsi évaluer le taux de pollution », a-t-il proposé.

Dans son cri de cœur, Youssouf Karambé, a dédié un poème au fleuve dont la teneur est la suivante.

Poésie : Je suis le fleuve Niger

Je viens de très loin

J’insiste encore, de très loin

Je suis témoin de la création des villes

J’insiste, beaucoup de villes

J’ai connu deux générations

La première est née sous les bras

Elle a grandi sous mes portes 

Elle a vieilli aux berges

Je suis le fleuve Niger

La deuxième génération est née sur mes berges

Elle a grandi dans mes poumons

Elle vieillira dans mon lit si rien n’est fait

Si rien n’est fait, la troisième génération m’enterrera

Je suis le fleuve Niger

Je souffre énormément

Mon cœur est encombré

Les plastiques m’étouffent 

L’ensablement m’étrangle

Les produits chimiques me rendent aveugle

Je suis le fleuve Niger

Je suis le fleuve Niger

Sauvez-moi.

Cyril Adohoun pour maliexpress.net

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