De Logo Sabouciré à l’expulsion de l’ambassadeur Joël Meyer. : La génération des dirigeants natifs du Soudan français dans les catacombes

Il a fallu qu’un communiqué soit lu à l’ORTM au nom des autorités maliennes, pour que ce que beaucoup considéraient comme une simple rumeur de palais devienne une vérité absolue. A la surprise générale sur instruction du ministère des Affaires étrangères ordre a été donné à l’ambassadeur de France au Mali Joël Meyer de ramasser ses bagages et de quitter le territoire malien dans les 72 heures au risque d’être considéré comme persona non grata.

Il ne pouvait en être autrement. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, les propos du ministre français des Affaires étrangères et de l’Europe Jean Yves Le Drian qui a traité le pouvoir malien d’illégitime qui prend des mesures irresponsables suite au renvoi du contingent Danois de la task force Takuba. Depuis Logo Saboucire jamais la France n’a subi pareille humiliation du moins au Mali.

Le dernier camouflet de ce genre à l’égard de l’Élysée remonte au 20 janvier 1961, lorsque le président Modibo Keita dans un discours mémorable a demandé l’évacuation de toutes les bases militaires françaises se trouvant sur le sol malien. La France ne pouvait tolérer ce discours resté cloué dans les esprits des officiels Français. Il fallait chercher les moyens de laver cet affront le salut viendra de la Libye qui est désintégrée suite à une guerre civile savamment orchestrée par Nicolas Sarkozy.

Les conséquences de ce conflit gagnent le Sahel et aboutissent à la chute du président Amadou Toumani Toure. Son successeur Ibrahim Boubacar Keita démocratiquement élu après la courte transition du Pr Dioncounda Traore à contre toute attente jeté le Mali entre les bras de la France, lui qu’on considérait comme le kankelentigui autrement dit le propriétaire d’une seule parole. Chasse le naturel, il revient au galop tel a été le cas de ce sorbonnard qui avant sa chute et sa mort avait le langage du varan. Pourtant, les plus avisés avaient averti sur sa double nationalité malienne et française, qui allait l’handicaper dans ses prises de décision pour la gestion du Mali.

Le peuple malien dans son ensemble voyait en lui, celui qui allait rendre au Mali sa grandeur et son orgueil. Mais rapidement le mandingue est rattrapé par les casseroles, qu’il a traînées en France, l’affaire Michel Tomy refait surface. Michel Tomy est ce sulfureux homme d’affaires issu de la mafia corse qui a servi bon nombre de chefs d’État africains. Ses liens avec l’homme d’affaires allaient lui casser les ailes. Sinon au tout début, il a joué à la fermeté allant jusqu’à affirmer à la face du monde qu’il ne négociera pas avec des hommes en arme qu’on ne le trimballera pas.

Son amitié avec François Hollande ne le sauvera pas quand il ordonne à l’armée malienne le 21 mai 2014 de prendre le contrôle de la ville rebelle de Kidal. Après une avancée spectaculaire, les forces armées maliennes sont obligées de battre en retraite devant la puissance de feu des rebelles regroupés au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad . Rappelons que cette offensive ratée faisait suite à la visite controversée du Premier ministre Moussa Mara. Le vieil lion de Sebeninkoro qui sera destitué disait avec fierté que son grand-père est mort à la célèbre bataille de Verdun en 1916.

Très attaché à la culture française, il n’hésitait pas à corriger quand la langue française est malmenée. Il adorait porter les habits de Pierre Cardin et de Yves Saint-Laurent, il savourait le macaroni Pavarotti. Il avait aussi beaucoup d’admiration pour le champagne français. Ce lien fort ne le sauvera pas du coup d’état militaire du 18 août 2020, une action du Mouvement 5 juin Rassemblement des Forces Patriotiques (M5 RFP) incarné par l’Imam Mahmoud Dicko en complicité avec des jeunes officiers de l’armée régulière 5 colonels au total. Les Maliens déçus par le mouvement démocratique à l’origine de la démocratisation du pays ces 30 dernières années voyaient déjà vers l’horizon un vent d’espoir. Après une concertation nationale, une charte est mise en place. Le Conseil National pour le Salut du peuple (CNSP) qui regroupait la junte est dissous.

Conformément à la charte, l’ancien aide de camp du président Moussa Traore Bah N’Daou devient le président de la transition et Assimi Goita le vice-président. Un gouvernement dirigé par Moctar Ouane se met à la tâche. Le M5 qui a mené la lutte est coiffé au poteau. Ceux qui pensaient que le M5 est mort de sa belle mort et qu’il ne pourrait pas renverser la vapeur seront bientôt surpris par la tournure des événements. Suite à un remaniement ministériel sans des cadres du M5 et l’erreur du président Bah N’Daou de vouloir trop se rapprocher de la France, les jeunes colonels désormais acculés par le M5, font monter l’adrénaline en mettant aux arrêts et le président Bah N’Daou et son premier ministre Moctar Ouane le 24 mai 2021. La communauté internationale la CEDEAO en tête demande des comptes.

La junte sachant bien que l’atmosphère est chargée d’électricité est contrainte de trouver un compromis avec le M5. Après le coup de force, le médiateur de la CEDEAO Goodluck qui a été dépêché à Bamako en compagnie de la ministre ghanéenne des affaires étrangères du Ghana dont le président Nana Akufo Ado préside l’organisation sous-régionale ne parviendra pas à convaincre la junte. Assimi Goita est convoqué à Accra pour éviter que ça ne sente pas mauvais, le M5 mobilise ses militants qui occupent l’emblématique boulevard de l’indépendance. Au Ghana le Colonel Assimi fait savoir aux chefs d’État que c’est le peuple qui veut un changement radical, il ne veut plus de la vieille garde qui a enfoncé le Mali dans l’abîme.

L’incompréhension est vite levée et Assimi entre triomphalement à Bamako. Désormais chef de l’État, il signe le décret de nomination du Dr Choguel Kokalla Maiga qui ne fait pourtant pas l’unanimité au sein du comité stratégique du M5 que des personnalités comme Madame Sy Kadiatou et Cheick Oumar Sissoko quittent en plein vol pour des questions idéologiques. Une fois à la primature le détenteur du diplôme rouge, le Dr Choguel Kokalla Maiga change radicalement la donne. Il n’hésita pas à s’en prendre ouvertement à la métropole qu’il accuse ouvertement de soutenir les groupes rebelles et terroristes qui écument le nord du Mali.

En son temps, le seul président qui a osé toucher du doigt cette plaie qui est la ville de Kidal devenue le sanctuaire de tous les vagabonds de la région est le président du Niger Mamadou Issoufou. Jamais dans l’histoire du Mali, un gouvernement n’a pris la décision courageuse d’expulser un ambassadeur de France en poste au Mali. Une expulsion qui fait suite aux propos maladroits du locataire du Quai d’Orsay, Le Drian .Des révélations récentes ont aussi prouvé que l’ambassadeur Joël Meyer était de mèche avec certains politiciens corrompus et apatrides pour déstabiliser les institutions de la transition.

144 ans, après la célèbre bataille de Logo Saboucire dirigée par le roi Niamody Sissoko contre les troupes françaises commandées par le lieutenant-colonel Reybaud, le lundi 31 janvier 2022, les autorités maliennes chassaient l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Paris rappelant que le peuple malien n’acceptera plus qu’on vienne essuyer ses chaussures sur sa terre sacrée.

Source : Le Triomphe

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