COUSINAGE A PLAISANTERIE : Un lien indéboulonnable dans la tradition malienne

Le cousinage à plaisanterie ou ‘’Sinaguya’’ occupe une place très importante dans la société malienne. En effet, c’est un pacte de non-agression entre les communautés concernées. Ainsi, la parenté à plaisanterie est une relation entre des personnes dans laquelle l’une est autorisée par la coutume, et dans certains cas, obligée, de taquiner l’autre ou de s’en moquer tandis que l’autre, de son côté, ne doit pas en prendre ombrage. Une pratique répandue dans notre pays qui de passage a forgé des liens sociaux inflexibles. 

Dans ce pays multi-ethnique qu’est le Mali, il existe dans maintes sociétés humaines un phénomène de ‘’parentés à plaisanteries’’. Des pratiques existantes depuis des siècles ayant pour objet la consolidation des liens fraternels entre les communautés. En d’autres termes, il s’agit d’une sorte de pacte qui régisse deux ou plusieurs groupes ethnologiques. 

Cette pratique sociale originaire d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale autorise ou oblige les membres d’une même famille, certains noms de famille, certaines ethnies ou habitants de telle localité à se moquer, se railler, et cela sans colère, ni frustration ni rancune. Une façon selon les anciens d’éviter toute sorte de frustration ou de conflits entre elles. Communément appelé le ‘’Sinaguya’’ au Mali, il occupe une place importante dans la culture malienne car il permet de bâtir une seule identité culturelle mais surtout durable. Solidement encré dans la tradition malienne, plusieurs groupes sociaux se côtoient ainsi en mettant toujours en avant ces liens pour décanter des situations parfois tendues. Le simple fait d’être un cousin par plaisanterie avec une autre personne est suffisante pour mettre fin à un conflit. D’où son utilité sans contexte dans l’instauration d’une paix durable entre les différentes communautés.

Cas typiques 

Chez les Bozo et Dogon c’est une pratique qui se manifeste entre les différentes ethnies du Mali : Bambara, Minianka, Malinké, Bozo, Peul, Dogon, Soninké, Sonrai… Cependant, un cas retient toute l’attention au Mali. Il s’agit du Sinanguya qui affiche sa sacralité entre les Bozos et les Dogons. ‘’Car c’est une question de sang dont l’interdiction du lien de mariage entre elles’’ lâchent des traditionnalistes. Selon Mama Namakiry, Bozo et fervent défenseur des traditions, ce pacte date a été mis en place par les aïeux depuis des centaines d’années. « Ce pacte instauré entre nos deux ethnies est sûr et sans faille. Toutes ces interdictions entre nos deux ethnies sont bien réelles et une quelconque violation entraine des répercutions certaines. Par exemple, aucun Bozo n’osera épouser une fille dogon ou faire couler son sang au risque d’en subir des conséquences fâcheuses. Parmi tous les différents Sinagouya au Mali, c’est le plus fort et le plus craint », déclare-t-il. 

De son point de vue, le cousinage à plaisanterie est ‘’le moyen propice qui nous permet de régler nos différends et de cultiver une certaine solidarité et de confiance entre nous : peu importe l’ampleur de ta colère, ton cousin est le seul qui a le pouvoir de te faire revenir sur une décision importante à travers le dialogue d’où son importance dans un pays comme le nôtre’’.

Pour ce qui est des Peul et des Bwa, c’est toute une fraternité. « Un vrai Peul ne pèse pas plus de 40 Kg», s’écrit un jeune Bwa non sans une certaine exagération dans ses propos. A ce coup irrégulier porté contre lui, Sidibé répondra que ‘’les Bwa sont leurs serviteurs’’. Autant de liens qui nouent les relations entre les deux communautés. « Les cousins sont tenus de ne jamais prendre en mal les reproches ou critiques qu’on leur porte. Dès qu’ils savent qu’ils partagent ce lien social, ils acceptent tout venant de l’autre. Ainsi, le cousinage à plaisanterie est un instrument qui facilite le vivre ensemble en étant un formidable catalyseur », affirme Michel Koné, Enseignant dans une école catholique.

Hormis ces ethnies susmentionnées, les Malinkés et les Soninkés se taquinent constamment sur la base de cette tradition. Ainsi, ces groupes sociaux mettent en avant cette tradition pour renforcer les liens entre eux tout en prônant en faveur d’une union et une solidarité perpétuelle. Chacune de ses ethnies s’octroie-le titre de noble en reléguant du coup l’autre au rang d’esclave. « Les Soninkés ont toujours été les maitres des malinkés en toute circonstance. Ils ne font rien sans au préalable nous consulter car ils sont nos sujets », déclare Fousseyni Sissako, commerçant. Selon lui, ce pacte existant entre ces deux peuples n’a que des effets positifs car il estime que c’est grâce à cela qu’aucun conflit majeur n’a éclaté entre les deux peuples. 

Par ailleurs, d’autres formes de cousinage basées sur les noms de famille prennent une grande place dans notre société. Ce qui fait que les ‘’Coulibaly’’ sont devenus les cousins de pratiquement tous les maliens, s’exclame un sociologue. De son point de vue, ce facteur culturel constitue un bond en avant dans la consolidation du vivre ensemble. « Quand on voit que les Diarra et les Traoré qui de nature n’ont pas de liens étroit mais ont tissé cette union entre eux, cela prouve à suffisance leur volonté de vivre ensemble en faveur d’une société unie et solidaire », confesse notre interlocuteur. Selon lui, ces traditions en principe auraient dû resserrer les liens entre les différents groupes sociaux et écarter toute possibilité de conflit interethnique au Mali. 

Ahmadou Sékou Kanta pour maliexpress.net

 

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