Contribution citoyenne : Proposition de sortie de crise : Opinion d’un malien

Contribution citoyenne : Proposition de sortie de crise : Opinion d’un malien

Notre pays est secoué par une crise aussi bien socio-économique que sociopolitique depuis quelques années voire des décennies. Cette crise multidimensionnelle notamment sécuritaire, politique et énergétique aurait comme conséquence le renchérissement du coût de la vie et la baisse chronique du niveau de vie en général.

Certes les avis sont partagés quant aux facteurs en cause de la crise perpétuelle et multiforme, même si une frange sociale supposée majoritaire incrimine l’ingérence étrangère.

A mon avis l’hypothèse des barrières internes semble la plus vraisemblable. Ces barrières sont imputables à un certain nombre de dysfonctionnements relatifs au plan de carrière et non-reconnaissance du mérite, à l’éducation, la recherche scientifique et la santé publique.

Plan de carrière et non-reconnaissance du mérite

Beaucoup de cadres maliens compétents et de bonne moralité sont discriminés et marginalisés dans les services publics. La nécessité d’une véritable politique de plan de carrière et de reconnaissance du mérite s’impose à notre Etat. Le recrutement des agents doit s’opérer en fonction du besoin. L’Etat doit adopter une politique de plan de carrière dans le strict respect de sa possibilité. Il doit élaborer, adopter et appliquer une politique rationnelle de plan de carrière sur base de critères objectifs au profit de tous ses agents sans aucune discrimination. Il serait intéressant de mettre l’accent sur les compétences professionnelles ou l’expertise et la probité. Un bon plan de carrière non seulement maintient les cadres compétents en évitant leur mobilité, mais aussi et surtout constitue une source de motivation et accroit leur productivité. De même, un traitement salarial rationnel quasi équitable motive et stabilise les travailleurs et permet d’éviter les afflux d’agents vers des secteurs supposés plus juteux.

Education

De façon générale, la baisse progressive du niveau des enseignants, élèves et étudiants dans notre pays est imputable au dysfonctionnement du système éducatif. S’il est admis qu’une bonne gouvernance impacte positivement sur le système éducatif, il n’en demeure pas moins que le dysfonctionnement éducatif impacte négativement la qualité de la gouvernance en produisant des cadres incompétents. S’il est admis que l’Etat intervient dans la conception, le fonctionnement et la régulation du service public de l’éducation ; un effectif pléthorique de cadres mal encadrés arriverait difficilement à construire un système éducatif exemplaire. A cela s’ajoute la non-transparence du mode de recrutement et de nomination des agents de l’Etat ; ce qui privilégierait les cadres parvenus, asservis ou moins compétents. De même, la prolifération des établissements privés d’enseignement, le plus souvent de qualité douteuse peut bien entacher le niveau des élèves et étudiants.

Recherche scientifique

Il est admis que la difficulté réside dans la méconnaissance du mot. Pour savoir, il faut comprendre et, pour comprendre, une seule voie, la recherche scientifique. Il est regrettable de constater que dans notre pays la recherche scientifique souffre de dysfonctionnements, malgré la volonté politique affichée par les plus hautes autorités à travers des textes qui l’organisent.

L’évaluation et la promotion des chercheurs, au plan national, sont basées sur des critères le plus souvent subjectifs ou irrespectifs des textes tels que le règlement intérieur préétabli par l’autorité compétente et le code d’éthique de publication, occasionnant du coup des abus et favoritisme de tout genre. L’accent est surtout mis sur la quantité des publications et non la qualité, occasionnant des parrainages irrespectueux du code d’éthique de publication. Ces parrainages favorisent les chercheurs tricheurs et précipitent leur ascension dans le corps de la recherche. En matière de publication, chaque revue ou journal a ses spécificités dont la méconnaissance par l’évaluateur peut être préjudiciable à l’auteur d’un manuscrit. De même, il arrive que le conflit d’intérêt pénalise le chercheur lors de son évaluation par le comité technique spécialisé.

Santé Publique

Il est admis que des politiques ou pratiques impertinentes au plan multisectoriel peuvent contribuer à la survenue d’épidémies causées par les agents microbiens et antimicrobiens dans les pays en voie de développement. Comment un système de santé publique moins performant contribue-t-il à augmenter la résistance aux antimicrobiens?

Le système de services de santé publique peut être défini comme une ingénierie sociale systématique et complexe, dominée par l’État à travers le gouvernement avec la coordination du secteur de la santé et la participation sociale. L’approche multisectorielle peut être définie comme une collaboration délibérée entre divers intervenants (y compris le gouvernement, la société civile et le secteur privé) et les secteurs (dont la santé, l’environnement et l’économie) pour atteindre conjointement un résultat stratégique.

Les activités de santé publique peuvent prévenir des maladies ou les éradiquer et réduire les charges liées aux soins de santé. Le travail de prévention doit se focaliser sur le dépistage précoce, l’hygiène alimentaire, la sensibilisation pour changement de comportement, aussi bien que sur des services de soins de santé rationnels. La santé publique peut prévenir et contrôler les épidémies (dont la résistance antimicrobienne) et permet d’accroitre l’espérance de vie et promouvoir la santé humaine. Pour atteindre cet objectif, il faut des moyens pour évaluer la technologie et élaborer des politiques rationnelles de prévention ou de protection. La non maîtrise des voies de transmission des organismes multi-résistants par un système de santé publique inefficace, exacerbe la résistance ; ce qui est préjudiciable à la santé humaine. Une antibiothérapie inefficace doit être évitée chez les patients gravement malades infectés par un agent pathogène multi-résistant pour réduire la mortalité.

La problématique du foisonnement des établissements privés de santé tels que : écoles, cliniques et cabinets, le plus souvent ne répondant pas aux normes de qualité, est bien perceptible dans notre pays et n’est pas sans conséquence sur la santé publique. Il faut aussi souligner l’incapacité des hôpitaux à satisfaire les besoins essentiels des patients hospitalisés en médicaments et analyses biomédicales dont l’imagerie et biologie clinique, obligeant leur accompagnateur à se référer aux prestataires privés externes ; ce qui peut entacher la qualité de la prise en charge en situation d’urgence et même constituer un obstacle financier avec une incidence sur la capacité des patients à supporter le coût du traitement (coût élevé de la prescription médicale, par exemple).

Conclusion et Recommandations

Ce travail est une réflexion personnelle en faveur de la résolution en partie de la crise multiforme qui secoue notre pays. Bien qu’il ne soit ni exhaustif et encore moins conclusif, il constitue une ébauche de solution à la problématique sus-énoncée. La levée des obstacles internes et la promotion d’une culture de paix sont des pistes de solution à la résolution de la crise multiforme qui secoue notre pays. Les solutions suggestives de sortie de crise sont formulées ci-après :

– Faire l’audit de tous les secteurs de développement du pays de façon progressive et selon un chronogramme ;

– Observer des critères d’objectivité et de transparence dans toutes les évaluations et prises de décision quel que soit l’échelle de gouvernance ;

– Concevoir et adopter une véritable politique de plan de carrière dans l’administration et autres secteurs de développement du pays ;

– Uniformiser les salaires des travailleurs par catégorie et gérer rationnellement les primes et indemnités ;

– Revitaliser le système éducatif pour rehausser le niveau des enseignants, élèves et étudiants ;
– Revitaliser le secteur agricole pour assurer l’autosuffisance alimentaire ;

– Revitaliser le secteur environnemental pour améliorer le cadre et la qualité de vie ;

– Revitaliser le système de santé publique du pays pour la préservation de la santé de la population et la prise en charge efficace et efficiente des malades ;

– Garantir les libertés de presse d’opinion et d’association ;

– Travailler à assurer le retour à l’ordre constitutionnel dans un délai raisonnable suivant un chronogramme.

Nouhoum BOUARE PharmD

DES/MSc Immunologie-Hématologie-Transfusion

DSc/PhD Sciences Biomédicales et Pharmaceutiques

Chercheur en Sciences Biologiques (sciences biomédicales)

Personal RCA Site: https://referencecitationanalysis.com/00000289

En service à l’institut national de recherche en santé publique (INSP, Bamako, Mali)

Bamako le 01 Juillet 2024

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