Campagne de vaccination de routine contre les épidémies : Le grand rattrapage lancé

Dans le souci de combler le vide laissé par l’insécurité et la Covid-19 dans le pays, le Ministère de la Santé et du Développement durable, en partenariat avec l’UNICEF, a lancé une campagne de vaccination de routine contre les épidémies telles que la poliomyélite, la rougeole, les infections respiratoires, les diarrhées virales, etc., dans les régions de Mopti, Taoudéni, Kidal, Ménaka, Gao et Tombouctou, du 16 au 19 juin 2023 en deux étapes, dont la deuxième aura lieu le 21 juillet.

Cette campagne actuellement en cours vise à identifier les enfants de ces localités qui n’ont pas été vaccinés ou qui n’ont pas reçu tous les vaccins nécessaires.

Selon les statistiques, on estime jusqu’à 114 000 les enfants non couverts ou insuffisamment vaccinés sur l’ensemble du territoire, sans avoir reçu aucune dose. Les responsables de la vaccination considèrent que ce chiffre est énorme, c’est pourquoi ils préconisent d’adopter ce qu’on appelle “les stratégies avancées de vaccination”. Cela implique la mise en place de centres fixes afin de retrouver ces enfants. Ces cas sont généralement nombreux dans les régions du nord, notamment dans les camps de réfugiés ou les zones où les personnes déplacées résident.

En ce qui concerne le thème du “grand rattrapage”, il est lié à la Semaine mondiale de la vaccination, qui s’est tenue cette année du 24 au 30 avril. Après avoir constaté le nombre élevé d’enfants n’ayant reçu aucune dose de vaccin ou étant incomplètement vaccinés, l’OMS et d’autres partenaires du Ministère de la Santé, tels que l’USAID et l’UNICEF, ont décidé de faire de cette problématique le thème principal de la Semaine mondiale de la vaccination. L’objectif est d’encourager les parents à respecter le calendrier de vaccination de leurs enfants, de la naissance à l’âge de 11 mois. Cependant, la campagne de vaccination contre la polio qui s’est déroulée du 16 au 19 juin n’a rien à voir avec le “grand rattrapage”. En effet, deux cas de poliovirus ont été signalés, constituant une épidémie nécessitant la vaccination des enfants de 0 à 5 ans dans les six régions du nord. Juste après les régions du nord, la campagne se poursuivra dans les régions du sud pour vacciner également les enfants de 0 à 5 ans contre la poliomyélite, mais toujours en deux étapes.

Interrogé, Dr Ibrahima Diarra, spécialiste sur la question de la vaccination au Mali, non moins Directeur du Centre National d’Immunisation du Mali et responsable du Programme Élargi de Vaccination, dira que la crise multidimensionnelle, marquée par l’insécurité depuis 2012, a eu de nombreux impacts négatifs sur la santé, y compris sur la vaccination de routine. Lorsque la vaccination de routine est perturbée, explique-t-il, cela signifie simplement que certains enfants échappent à la vaccination, soit parce qu’ils ne peuvent pas recevoir le vaccin en raison de l’insécurité, soit parce qu’ils ont reçu leur première dose mais n’ont pas pu compléter leur schéma en raison de déplacements vers d’autres régions.

En 2020, la pandémie de coronavirus a également perturbé les services de santé, y compris la vaccination. En effet, certains parents ne faisaient plus vacciner leurs enfants par peur d’attraper le coronavirus en se rendant dans les centres de santé. D’autres, par contre, craignaient même que leurs enfants reçoivent un vaccin contre le coronavirus.

A en croire Dr Diarra, ces deux facteurs ont perturbé les services de vaccination. “Depuis 2012 jusqu’à présent, il y a des enfants qui n’ont reçu aucun vaccin en raison de l’insécurité exacerbée par la pandémie de coronavirus. D’autres ont reçu leur première dose, mais en raison de cette même insécurité, ils se sont déplacés vers d’autres régions. C’est pourquoi on estime à 114 000 le nombre d’enfants non couverts sur l’ensemble du territoire, sans avoir reçu aucune dose. Ces enfants constituent un foyer d’épidémie s’ils ne sont pas protégés, car ils sont susceptibles de contracter la maladie”, a explicité Dr Ibrahima Diarra.

Quid du financement ?

En ce qui concerne le budget du programme, selon le Directeur du Centre National d’Immunisation du Mali, chaque commune et chaque district sanitaire disposent de micro-planifications soutenues par des partenaires, qu’il s’agisse de partenaires locaux ou d’autres acteurs. “Nous n’estimons pas pour le moment un budget global pour ce programme. Ce qui est important de souligner, c’est que ce grand rattrapage ne se limite pas à cette année, d’autant plus qu’il vise à retrouver les enfants qui ne sont pas ou insuffisamment vaccinés, car la Covid-19 a laissé des séquelles et des facteurs d’impact”, précise-t-il.

Les vaccinateurs sont confrontés à des difficultés dans les zones ciblées. Selon le Directeur du Programme Élargi de Vaccination, il faut comprendre que la mise en place et la mise en œuvre du vaccin sont souvent difficiles. En effet, il existe de nombreux engins explosifs, causés par les mines qui sont présentes un peu partout. Malheureusement, de nombreux vaccinateurs ont perdu la vie dans ces circonstances, par peur d’être attaqués. Les bandits armés considèrent généralement tout ce qui concerne les vaccins comme des produits provenant des pays occidentaux.

Concernant le financement, Dr Diarra rappelle que les autorités parviennent à assumer les coûts de l’achat des vaccins, qui s’élèvent à plus de 3 000 000 F CFA chaque année. Cependant, cela ne suffit pas, il est nécessaire d’obtenir un cofinancement supplémentaire, notamment de la part de Gavi et d’autres partenaires qui soutiennent l’État dans le paiement des vaccins. 

Pour les campagnes de vaccination, 90 % des fonds proviennent des partenaires, car l’État ne peut pas assumer ces coûts. Les campagnes peuvent parfois atteindre plusieurs milliards de francs CFA. Il convient de tenir compte des difficultés qui ont eu un impact considérable dans ce domaine. “Nous avons trouvé une formule en travaillant avec des partenaires tels que l’OMS et des organisations humanitaires, qui nous aident à fournir les vaccins et à vacciner les enfants”, affirme-t-il. M. Diarra ajoute : “Nous avons également envisagé de travailler avec les forces armées et les forces de sécurité, qui mènent des activités civilo-militaires et pourraient également apporter leur expertise, étant donné qu’elles sont formées dans le domaine de la vaccination.”

La vaccination de routine contribue au développement du pays. Selon le Dr Ibrahima Diarra, elle présente beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients. Elle a permis d’éliminer de nombreuses maladies telles que la variole, la poliomyélite et la rougeole, qui ont été réduites à un niveau très bas. “Certes, la vaccination, comme tout produit, peut avoir des effets secondaires mineurs, mais cela ne doit pas dissuader les gens compte tenu de ses avantages. Le carnet de vaccination est un document juridique précieux qui doit être conservé en lieu sûr, car il atteste que l’enfant respecte les normes en matière de santé”, conseille-t-il. En conclusion, il lance un appel aux autorités pour qu’elles œuvrent en faveur d’une augmentation des crédits alloués à l’achat de vaccins de routine, qui sont déjà pris en charge, mais également à d’autres vaccins destinés aux pèlerins, différents de ceux utilisés chez les enfants.

En somme, les vaccins contribuent à protéger les enfants contre des maladies graves, souvent mortelles. Chaque année, ils sauvent entre deux et trois millions de vies dans le monde entier.

Sidy Coulibaly pour maliexpress.net

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