AU CENTRE DU MALI : l’impact des accords locaux
Initiés par les communautés elles-mêmes et facilités par des ONG ou des leaders communautaires, les accords locaux au centre du Mali semblent se révéler importants, à certains endroits, afin de ramener la paix et le vivre ensemble, dans une certaine mesure, entre des communautés autrefois en conflit. Maliexpress.net fait le point.
Les violences communautaires dans les régions du centre, notamment à Mopti, Bandiagara et Douentza avaient atteint son paroxysme avant de connaitre une certaine accalmie dans certaine localité. On se rappelle que cette situation n’est pas un fait du hasard, mais plutôt la conjugaison des efforts de parts et d’autres des ONG humanitaires et des leaders communautaires pour parvenir à ce qu’il est convenu d’appeler : les accords locaux.
Entente et quiétude
Essentiellement propres aux acteurs en conflit, les accords locaux reposent sur des mécanismes traditionnels de règlement de conflit entre des communautés. Autrefois, ils étaient initiés également par nos ancêtres pour ramener l’entente et la quiétude entre les communautés en belligérance.
Au cœur des processus d’établissement des accords locaux au Mali, l’ONG ‘’hd’’ pour le dialogue humanitaire, entre 2019 à 2021, a facilité la signature d’au moins vingt-sept (27) accords locaux entre des communautés dans le centre du Mali. Notre investigation a permis de classer ces accords locaux en trois catégories : il s’agit des accords oraux, des accords locaux écrits signés entre les communautés et facilités par des acteurs neutres comme ‘’hd’’ et la Minusma dans les régions de Mopti et de Ségou, et enfin les accords facilités par des leaders et organisations communautaires comme Komani TANAPO, Tabital pulaaku à Macina et à Djenné.
Cependant, des opérations militaires menées dans des localités où des accords avaient été tissés entre des communautés ont quelquefois entravé le processus de paix conclu. Toute chose que les acteurs à l’origine des résultats de paix obtenus continuent de déplorer.
« Si ces accords ont permis d’apaiser les tensions entre les parties signataires, ils sont depuis peu confrontés à des difficultés réelles du fait des opérations de reconquêtes des régions du centre, engagées par les forces de défense et de sécurité maliennes », reconnait un acteur humanitaire sous le couvert de l’anonymat, qui précise. « Il faut dire que les accords locaux ont du mal à résister face à la destruction de certains sanctuaires de la Katiba Macina par l’Armée malienne à l’offensive. A Ségou, à Mopti, à Bandiagara et à Douentza, les opérations militaires connaissent une intensification sans précèdent. Ce qui a poussé les groupes djihadistes à s’en prendre à des habitants de certains villages signataires des accords locaux qu’ils accusent d’être de mèche avec l’Armée régulière ».
Convaincu des vertus des accords locaux, cet autre acteur qui a préféré garder l’anonymat pour raison de sécurité, estime que les autorités administratives doivent œuvrer à sa préservation.
Résoudre les conflits
« Nous travaillons avec les acteurs locaux, nous faisons ce travail en accord avec la culture locale. Un accord ne vient pas du ciel, les communautés sont assises sur des accords. Elles se servent des accords pour traiter et résoudre les conflits », indique-t-il.
Selon un responsable de l’ONG ‘’hd’’, ‘’des accords locaux ont été initiés depuis 2018 entre les acteurs locaux et les groupes djihadistes. D’abord à Kareri dans la région de Ségou où un accord a été signé entre les chasseurs et les djihadistes de la Katiba Macina. En 2019, un accord a été conclu verbalement à Yangassadiou dans la région de Douentza entre villageois et djihadiste. En 2020, le même exercice s’est produit à Koro et à Bankass’’.
Pour les habitants de ces localités ayant conclu l’entente avec les groupes djihadistes, les accords locaux constituent un palliatif à la paix.
« Depuis que nous nous sommes mis d’accord sur un certain nombre de choses avec les groupes djihadistes, chacun va à ses occupations comme d’habitude. Les foires ont eu lieu régulièrement, et il n’y a point d’attaque meurtrière comme avant », explique un habitant d’un village concerné dans la région de Douentza.
« Soyons honnête personne ne conclut un accord avec les djihadistes parce que ça lui plait, les gens le font pour survivre. Et on pense que c’est pour un temps. Si, ceux-là sur place sont en train d’accepter, ils savent ce qui les arrange. Personne n’est partie signée à leur place. Ils ont fait ça entre eux », poursuit un autre.
En somme, s’il est vrai qu’on ne peut rien construire dans un conflit né de l’incompréhension entre les hommes, la solution au problème du centre passe par le dialogue, la mutuelle compréhension comme défendu par Amadou Hampaté Ba.
Ousmane Morba pour Maliexpress.net
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