Après le retrait français du Mali : L’avenir de la Minusma compromis

Avec le départ de Barkhane et de Takuba, les contingents allemands, anglais et suédois de la Mission des Nations-Unies au Mali n’envisagent pas pour l’instant de rester.

La plus grosse mission des Nations unies, forte de près de 15 000 militaires et policiers, opère sous la couverture aérienne de la force française Barkhane et bénéficie de son assistance médicale. Une dépendance évidente de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma), qui conduit certains contingents européens à envisager le départ, notamment  les Allemands, les Anglais ou les Suédois. Une fin au Mali des opérations Barkhane et Takuba, décidées à l’échelle européenne au moment où Bamako tire le constat d’une insatisfaction qui justifie sa préférence accordée à une coopération avec la Fédération de la Russie. En clair, la mission onusienne est victime collatérale de l’escalade de la tension entre Paris et Bamako. C’est évidemment la France qui en est à l’origine.

« Un retrait de Barkhane mettra probablement nos troupes en danger », estime un diplomate occidental, cité par Le Monde, dont le pays fournit des militaires à la Minusma. « La sécurité de nos troupes et, par conséquent, leur capacité à opérer, sont essentielles », ajoute cette source sous couvert de l’anonymat. L’atmosphère était pesante le 17 février dernier, dans les couloirs du siège des Nations unies, à New York. Inquiétudes et incertaines se bousculent sur les visages des représentants des pays membres du Conseil de sécurité qui prennent part aux discussions sur l’avenir des casques bleus au Mali. Pour Olivier Saldago, porte-parole de la Minusma, le retrait de Barkhane va avoir un impact sur cette mission.“Il y aura forcément un impact compte tenu du rôle spécifique et complémentaire que joue Barkhane dans la lutte contre le terrorisme au Mali, mais aussi de l’appui que cette opération nous apporte conformément à la résolution sur notre mandat.”, craint Olivier Saldago dans une interview accordée à la Deutsche Welle.

Inefficacité décriée

Le 21 février l’ONU envoie à Bamako, sa sous-secrétaire générale pour l’Afrique, la Ghanéenne Marta Ama, pour  voir dans quelle mesure les Nations unies peuvent apporter leur soutien à la Minusma. Accompagnée du représentant spécial de la Minusma, elle a eu une entrevue avec Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Le lendemain, Wane a échangé avec le ministre de la Défense, Sadio Camara. Ces tractations diplomatiques ne sont pas du goût de nombreux Maliens, de plus en plus hostiles à la présence des troupes onusiennes qui auraient brillé par leur inefficacité à protéger les populations civiles contre les attaques terroristes conformément à leur mandat, excellant plutôt dans les œuvres caritatives.

D’ores et déjà, la Suède, qui déploie actuellement 200 casques bleus au Mali, va quitter la Minusma. Pour l’Allemagne, le sort de ses 1 100 casques bleus sera décidé en mai par le Parlement. La ministre allemande de la défense, Christine Lambrecht, donne le ton, arguant que le report des élections au Mali, initialement prévues le 27 février, privait son pays « de base pour (son) engagement » militaire au Mali.

La participation du Royaume-Uni, qui avait consacré un retour de Londres dans les opérations de paix onusiennes après une longue absence, est de 300 casques bleus possibles (dont 255 sur le terrain actuellement).

Expiration du mandat le 30 juin

La Minusma, créée en 2013 pour soutenir le processus politique malien, est l’une des missions de paix les plus importantes de l’ONU dans le monde et la plus meurtrière avec 154 tués casques bleus par des « actes hostiles ». Dotée d’un budget annuel de plus de 1,2 milliard de dollars (1 milliard d’euros), son mandat annuel arrive à échéance le 30 juin. Ancienne puissance coloniale, la France est chargée à l’ONU de rédiger les résolutions du Conseil de sécurité sur le Mali, notamment sur les sanctions et sur l’extension du mandat des casques bleus.

Le Mali va-t-il accepter son extension ou la poursuite du soutien français promis à la Minusma ? Une chose est sûre : Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, est acquis à une prolongation de la Minusma après juin. On ne peut en dire autant l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield. « Les développements au Mali détermineront les délibérations du Conseil de sécurité des Nations unies sur le mandat de la Minusma avant son expiration en juin ».

A moins que le Mali y voit un inconvénient, si des contingents chinois pourraient remplacer les Européens. Pékin totalise aujourd’hui 422 casques bleus au Mali.

Source : l’Informateur

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