«Appel pour sauver la transition» : Qu’est-ce qui fait courir Moussa Mara si tôt ?

Investi par le parti Yelema (Changement) comme son candidat à une élection présidentielle dont la date n’est pas encore fixée (et rien ne prouve qu’elle aura finalement lieu cette année puisque n’ayant pas été budgétisée), Moussa Mara semble épouser la forme olympique. Il s’est véritablement lancé dans la course avec le manteau de sauveur de la transition. Ce qui l’amène à rencontrer tous les acteurs majeurs pour se faire adouber. Ce lobbying politique au forcing lui ouvrira-t-il les portes de Koulouba ? Rien n’est moins sûr !

Investi candidat à la prochaine présidentielle à l’issue du 4e congrès du parti Yelema (Changement), tenu le 23 décembre 2023, Moussa Mara semble avoir mangé du lion depuis. Le 6 janvier déjà, il a affiché son ambition politique en publiant un document intitulé «Appel pour sauver la transition». Un véritable plaidoyer pour la transition et aussi un plan de lobbying politique pour soutenir sa candidature. Le lendemain, 7 janvier 2024, il s’est présenté face à la presse assuré d’avoir déjà réussi à marquer les esprits par son «Appel…».

Aussi bien dans le document que dans ses déclarations devant la presse, le jeune leader politique s’est positionné en rassembleur des forces vives de la nation pour sauver la transition. Et depuis, il ne cesse plus d’exhorter les Maliens à l’unité nationale pour faire face aux défis du moment. «Je lance non seulement une alerte, mais aussi et surtout propose des voies et des pistes nous permettant de faire face à ce que je considère comme de gros nuages au-dessus de notre pays et de notre transition», a-t-il souligné.

«La transition est menacée. Et si nous continuons à ce rythme, nous risquons de faire face à des difficultés importantes», a-t-il prévenu dans son appel. «Ceux qui gardent le silence, en attendant tranquillement que la transition s’écroule ou souhaitant ardemment son échec, font un pari très dangereux pour notre pays», a soutenu M. Mara. Et cela d’autant plus que, a-t-il déclaré, «la réussite de cette transition est la réussite du Mali ; sa réussite conditionne la réussite des régimes qui viendront dans un cadre constitutionnel. Nous devons donc tout faire pour que la transition réussisse, pour qu’elle n’échoue pas, pour qu’elle ne s’enlise pas…».

Des portes s’ouvrent comme suite logique de l’Appel

«Aux autorités de la transition, si vous voulez rassembler les Maliens, écoutez-les. Dialoguez avec les partis politiques et les leaders de la société civile. Écoutez tout le monde, quelles que soient leurs opinions», avait-il affirmé le 23 décembre 2023 lors du 4e congrès ordinaire de Yelema, son parti. Le prenant au mot, les autorités ont répondu à son appel et il a été reçu par deux personnalités influentes de cette transition : Colonel Sadio Camara (ministre de la Défense et des Anciens combattants) et Colonel Abdoulaye Maïga (ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation/Porte-parole du gouvernement).

«A la suite de l’appel lancé aux forces vives du pays et aux autorités le 7 janvier dernier, dans le but de réaliser ensemble le succès de la transition, j’ai adressé des demandes de rencontres aux acteurs concernés», a expliqué M. Mara. «Les autorités ont promptement réagi et j’ai eu l’honneur d’être reçu successivement par le ministre de la Défense et celui chargé de l’administration du territoire», a-t-il indiqué. Et de préciser, «avec mes interlocuteurs, nous avons discuté des voies et moyens permettant de concrétiser l’initiative de rassemblement autour de la transition… Je reste optimiste pour la suite».

«A la suite des autorités et relativement à mon appel pour sauver la transition, j’ai rencontré plusieurs acteurs des forces vives du pays. J’ai été reçu par les Premiers ministres Ousmane Issoufi Maïga et Soumana Sako. J’ai eu une séance de travail avec la direction du parti Adema. J’ai pu discuter avec les Organisations de la société civile réunies pour accompagner la transition», a-t-il déclaré vendredi dernier (19 janvier 2024) à l’issue de ces rencontres. Et de préciser, «les échanges ont porté sur les voies et moyens permettant d’assurer l’unité des forces vives autour de nos autorités pour assurer le succès de cette période. Je poursuivrai mes efforts dans ce sens».

Qu’est-ce que fait courir Moussa Mara ? Est-il animé de la seule volonté de la réussite de la transition et pourquoi ? Le nouveau manteau que l’ancien Premier ministre porte aujourd’hui suscite autant de questions. Cela sent en tout cas le lobbying politique pour mieux s’ouvrir le chemin conduisant à Koulouba. En se positionnant déjà en rassembleur et surtout en sauveur de la transition, il cherche certainement à se faire adouber par les autorités de la transition. Autrement, il aspire à être le «candidat de la junte» au cas où…

Une course engagée avant l’heure ?

L’optimisme affiché par Mara à l’issue de sa rencontre avec deux ministres influents de la Transition, prouve sans doute que, au-delà des oreilles attentives, il a eu des assurances par rapport aux préoccupations exprimées lors des différentes audiences. Mais, le timing de ce marketing politique suscite aussi des interrogations dans le cercle des observateurs de la scène politique malienne. Et cela d’autant plus que Mara a lancé la course à la magistrature suprême du pays avant l’heure. En effet, prévue les 4 et 18 février de cette année, cette élection a été reportée à une date ultérieure en septembre dernier par les autorités de la transition.

Et rien ne prouve que le nouveau chronogramme va prévoir ce scrutin cette année puisqu’il n’est même pas pris en compte dans le budget 2024. Certes, un proverbe dit que rien ne sert de courir, il faut partir à point. Mais, un adage dit aussi que plus pressé que la musique, on danse mal. Et Mara semble avoir opté pour le sprint pour espérer remporter un marathon. Ce marketing politique sera-t-il payant ? Mara a-t-il suffisamment de garanties à donner à la classe politique et aux organisations de la société civile pour atteindre son but ? Tiendra-t-il longtemps à ce rythme ? Nous ne tarderons pas certainement à le savoir !

Moussa Bolly

Source : Le Matin

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