Algérie : dix ans de prison pour les spéculateurs de bananes
La population algérienne demeure confrontée à la hausse des prix et aux ruptures d’approvisionnement, y compris sur des produits de base.
La justice algérienne a condamné deux hommes à dix ans de prison ferme pour « spéculation illicite » sur un chargement de bananes. Un verdict sévère qui illustre la volonté du pouvoir de faire de la répression judiciaire un instrument de gestion des crises économiques, au risque d’alimenter les critiques sur la disproportion des peines.
Le tribunal d’Arzew, près d’Oran, a infligé le 22 septembre une peine de dix ans de réclusion assortie d’une amende d’un million de dinars (environ 6 800 euros) à deux jeunes hommes arrêtés le 6 septembre avec 1,1 tonne de bananes à bord d’un camion. Le procureur a présenté l’affaire comme un exemple de lutte contre la spéculation sur les produits de large consommation, un phénomène qui exacerbe les pénuries récurrentes dans le pays.
La procédure a été expéditive : interpellation en flagrant délit, comparution immédiate le 8 septembre, détention provisoire, puis jugement deux semaines plus tard. Les autorités ont insisté sur la confiscation des marchandises et la publication du verdict dans un quotidien national, comme un signal adressé aux filières accusées d’alimenter l’inflation.
Cette fermeté spectaculaire soulève toutefois des interrogations. Alors que la spéculation sur les denrées alimentaires traduit avant tout la désorganisation structurelle du marché et les failles de la régulation publique, la sévérité du jugement apparaît pour de nombreux observateurs comme un message politique plus qu’une solution de fond. Les peines de prison lourdes contre de petits transporteurs contrastent avec l’impunité dont jouissent certains acteurs plus influents du commerce importateur, souvent proches des cercles du pouvoir.
Le cas des bananes cristallise les contradictions d’une économie dépendante des importations et d’un appareil judiciaire mobilisé pour donner l’illusion d’une lutte déterminée contre l’inflation. En durcissant la répression à coups de sanctions exemplaires, Alger semble privilégier l’effet d’annonce à une véritable réforme de la chaîne d’approvisionnement.
Au-delà du caractère spectaculaire de cette décision, la population demeure confrontée à la hausse des prix et aux ruptures d’approvisionnement, y compris sur des produits de base. La condamnation des deux spéculateurs d’Arzew apparaît ainsi comme un symptôme : celui d’un pouvoir qui peine à juguler la crise économique et sociale autrement que par des démonstrations judiciaires à forte charge symbolique.
MK/ac/APA
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