ADAMA YALOMBA: Le dan retrouve une seconde jeunesse grâce l’ingéniosité d’un virtuose

ADAMA YALOMBA: Le dan retrouve une seconde jeunesse grâce l’ingéniosité d’un virtuose

En redonnant une seconde jeunesse à son instrument fétiche, le ndan (ou dan), Adama Traoré dit Adama Yalomba a sans doute réussi à sauver cette harpe traditionnelle de l’extinction. Et du coup, l’artiste prouve qu’il n’est pas seulement un talentueux artiste et instrumentiste virtuose, mais aussi un héritier digne de sa descendance.

Si la Kora est aujourd’hui portée par de nombreux virtuoses (Madou Sidiki Diabaté et ses enfants, Sidiki et Balla ; Wassa Kouyaté, Sona Jobarteh, Mamadou Diabaté…), la survie du dan ne repose aujourd’hui que sur les épaules (heureusement solides) du seul Adama Yalomba. «En tant que luminaire, innovateur et force contemporaine, il est le roi incontesté, l’héritier du trône et le prince de l’un des instruments à cordes les plus anciens d’Afrique de l’ouest. Sa virtuosité vocale est aussi remarquable que son habileté instrumentale. Pourtant, malgré son engagement, le dan vacille au bord de l’extinction», apprécie un critique.
Pour l’ambassadeur de cet instrument, sa baisse de popularité est liée à sa nature exigeante. En effet, «l’apprentissage nécessite une patience et une endurance importantes pour être joué», confie-t-il souvent à la presse. En tant qu’instrument rare et délicat, ajoute-t-il, cet instrument exige «un style de pincement distinct et un processus d’accordage méticuleux. Ce qui rend souvent difficile de le maintenir en accord lors des prestations». Naturellement que pour Yalomba, ces défis à relever pour maîtriser l’instrument ne sont que «des métaphores de la persévérance nécessaire pour atteindre les objectifs dans la vie».
Sans compter que sa préservation et sa vulgarisation sont un devoir pour lui car le dan est comme un héritage familial. En effet il a été initié à l’instrument par son père dont le souhait est sans doute qu’il puisse le transmettre à d’autres générations dans la famille. N’empêche que, après avoir quitté Ké Macina (région de Ségou) afin de s’adapter aux réalités pratiques du monde musical moderne, Adama Traoré dit Yalomba s’est d’abord attaché au kamalen n’goni, plus adapté à être accordé à d’autres instruments traditionnels et modernes.
Mais, il n’a jamais oublié sa mission de préservation. De son père Samandji, Adama a reçu un dan à six cordes qui l’a aidé à perfectionner ses compétences sur cet instrument au Ghana avant de le ramener au Mali. Pour le virtuose, le dan est l’ancêtre de la plupart des cordophones africains, y compris le donso ngoni (harpe du chasseur), son prédécesseur moderne le Kamalen ngoni (harpe de la jeunesse), la kora classique et même le njurkele, le luth à monocorde des bergers.
A noter que Yalomba peut les jouer tous. Bien que les origines et la lignée de ces instruments fassent l’objet de recherches et de débats supplémentaires, le dan reste un instrument indéniablement ancien et significatif dans le patrimoine musical africain. «Traditionnellement, cet instrument était joué pour les rois et les voyageurs s’aventurant loin. A une époque où les téléphones n’existaient pas encore, les individus se préparant pour un voyage s’asseyaient à côté du roi dans sa cour ou à côté du chef sur la place publique où le ndan était joué pour eux. Ce rituel musical visait à leur insuffler du courage pour leurs aventures à venir, à renforcer l’importance de leur mission et à leur transmettre des bénédictions pour un retour en toute sécurité», raconte le virtuose.
De nos jours, cette tradition s’est adaptée à la technologie avec des enregistrements sur cassette de l’instrument permettant aux voyageurs d’emporter ses mélodies et ses messages avec eux afin de toujours se rappeler de la raison de leur voyage. A leur retour, une autre prestation les honorait et ils partageaient avec l’assistance leurs expériences. Ces récits, porteurs de messages pour toute la communauté, l’enrichissaient de connaissances sur le monde extérieur.
Tout au long de sa carrière, Yalomba a toujours mis en avant l’importance de revitaliser les instruments traditionnels en leur apportant son ingéniosité pour la polyvalence. Redessiné, son dan est désormais doté de 12 cordes symbolisant les 12 principaux groupes ethniques du Mali. Cette amélioration augmente non seulement sa polyvalence, lui permettant de jouer habilement à la fois des répertoires heptatoniques et pentatoniques, mais lui permet également de créer de la musique qui s’harmonise avec les langues et les styles musicaux des différents terroirs du Mali. De plus, cette conception mise à jour et stable rend le ndan plus adapté à la prestation avec des orchestres modernes tout en préservant sa qualité sonore unique.
Le virtuose Adama Traoré Yalomba s’est sans doute fixé comme mission de raviver et de recréer cet instrument en le fabriquant de différentes manières et dans différentes tailles pouvant être utilisées ensemble. Aujourd’hui, l’ingéniosité d’un héritier passionné est en train de véritablement changer le destin de cet instrument ancien, en le rendant plus accessible à de nouveaux publics, tant dans notre pays qu’à l’étranger. Il ne s’est pas dérobé à sa mission de protection et de vulgarisation. Sans doute que si Samandji était toujours de ce monde, il serait très fier de son fils ! Une légitime fierté !
Dan Fadio pour maliepress.net

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