ABDOULAYE DIOP SUR LES MAINTIENS DE LA PAIX DE L’ONU : « Ces missions ne répondent pas aux menaces sur le terrain »

Le rapport d’évaluation de la Minusma sera au cœur des débats à New York aux Etats-Unis à la fin de ce mois de janvier. Du coté des autorités maliennes, on réaffirme la nécessité d’une meilleure implication de cette mission dans la lutte contre le terrorisme.

La MINUSMA devient de plus en plus un sujet à caution au point que qu’elle-même s’interroge sur son éventuel renforcement ou son retrait. Du coté des autorités, le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop se veut catégorique, il pointe du doigt l’inaction de cette mission dans certains endroits du pays. 

Selon le ministre des affaires étrangères, Bamako a récemment reçu le rapport d’évaluation de la Minusma, désormais en cours d’études. Cependant, a-t-il précisé, il y a quelques éléments sur lesquels le Mali donnera son sentiment dans quelques jours, car « il y a un problème fondamental », lié au « paradigme même qu’on utilise pour des opérations de maintien de la paix dans des environnements marqués par des menaces terroristes ». « Fondamentalement, ces missions ne répondent pas à ces menaces », a réagi d’un ton ferme le diplomate malien lors d’un entretien. 

En outre, le ministre Diop a aussi précisé que cela ne signifiait pas que ces gens qui composent cette mission ne sont pas valeureux, mais salue ceux qu’il qualifie de frères et de sœurs qui ont même perdu la vie pour défendre la cause du Mali. « Dans le processus de réconciliation nationale aujourd’hui, nous pensons qu’il y a des ressources internes, des dynamiques internes et que si elles étaient enclenchées, elles permettraient de réduire significativement la violence dans certaines contrées du Mali. Après tout, on a vu que des gens ont pu se parler, apporter des solutions », a-t-il conclu.

Une mission décriée

On se rappelle encore, les retraits en cascade des forces de certains pays de la Minusma, fragilisant du coup cette mission de stabilité du Mali. C’est dans cette dynamique que le Colonel Assimi Goita avait accordé une audience à M. Jean Pierre La Croix, Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies, chargé des Opérations de maintien de la Paix le 6 décembre 2022. Cette rencontre entre les deux personnalités était pour examiner où en sont les travaux en ce qui concerne la revue stratégique de la MINUSMA, comme cela avait été demandé par le Conseil de Sécurité. Elle a aussi mis en avant le rôle de la mission onusienne au Mali et fait taire les rumeurs d’un quelconque départ du territoire malien. 

Cette visite de 48 heures a permis sans doute de discuter des problèmes cruciaux autour de la mise en œuvre du mandat de la MINUSMA. C’est pourquoi, selon lui, sa visite s’inscrit dans la suite logique de l’évaluation stratégique de la mission onusienne au Mali, telle que demandée par le Conseil de Sécurité.

De ce fait, les échanges avaient permis de porter un regard sur la manière dont les Nations Unies pourraient continuer d’apporter leur soutien aux efforts des Maliens dans le domaine de la transition politique, de la mise en œuvre de l’Accord de Paix et de Réconciliation, issu du processus d’Alger.

Selon la partie malienne, lors de cette rencontre avec le président de la transition, les questions sécuritaires ont également largement été discutées en raison de leur impact direct sur la vie des populations. A l’époque, cette revue stratégique de la MINUSMA était venue à point nommé dans la mesure où elle aurait dû créer un lien indéfectible entre le mandat de la Mission décidé par le Conseil de Sécurité et les attentes légitimes des Maliens ainsi que des autorités de la Transition, surtout dans le domaine de la sécurité. Les discussions ont permis de recueillir les points de vue des plus hautes autorités de l’État, de manière, selon le diplomate onusien, à permettre la finalisation des Recommandations dans la cohérence et la transparence.

Cela est d’autant plus important que les rapports doivent refléter la réalité à laquelle le Mali fait face et, permettre en conséquence aux autorités maliennes de s’y reconnaître. Les recommandations formulées serviront selon le gouvernement malien à mettre en avant les priorités des populations maliennes. Dès lors, “il appartiendra aux États membres du Conseil de Sécurité de décider”, a conclu M. Jean Pierre La Croix.

Des actions visibles sur le terrain

Sur le terrain, la mission de l’ONU reste fortement engagée à travers de nombreuses actions de développement du centre et du nord du pays, notamment le financement des projets des femmes, la reconstruction des infrastructures et la formation de certains agents des forces de l’ordre. Cependant, la MINUSMA continue de payer un lourd tribut dû aux différentes embuscades et aux EID des GAT. Elle a une plus grande mobilité sur certaines parties du territoire qui fait qu’elle reste en étroite collaboration avec les différentes populations de ces localités. 

À la demande des autorités maliennes, le 3 décembre dernier, la MINUSMA a facilité l’acheminement d’un fauteuil dentaire destiné à l’hôpital régional de Gao. « Nous tenons à remercier la MINUSMA pour son appui dans le transport de ce fauteuil qui va soulager les patients de l’hôpital de la région. Ce geste traduit la bonne collaboration entre nous et la mission », avait affirmé le Directeur régional adjoint de l’hôpital de Gao, Seydou Diakité.

Autre fait, une délégation du Bureau régional de la MINUSMA à Kidal s’était rendue du 7 au 11 novembre 2022 à Tessalit et à Aguelhok pour échanger avec les leaders communautaires, les acteurs de la société civile et les représentants des communautés sur les actions qu’elle mène en leur faveur et avec eux. En marge de ces réunions de concertation appelées Edawani (causerie en tamasheq), des projets d’appui à la restauration de l’autorité de l’Etat ont aussi été remis aux autorités locales.

Ahmadou Sékou Kanta

Source : Miroir Hebdo 

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