Mali : Me Mountaga Tall dénonce « la militarisation à outrance des organes de la transition et de l’administration publique »

Mali : Me Mountaga Tall dénonce « la militarisation à outrance des organes de la transition et de l’administration publique »

Pour la 22ème année consécutive, le président du parti Congrès national d’initiative démocratique (CNID Faso Yiriwaton), Maître Mountaga Tall, était face aux hommes et aux femmes de médias pour la présentation de ses vœux de nouvel an 2021. Initiateur de cette traditionnelle cérémonie qui a conduit de nombreux autres partis politiques à s’adonner à cet exercice, le président Tall a réaffirmé son soutien et son engagement sans réserve pour la défense de la démocratie et de la liberté d’expression. Cette tribune d’expression a été saisie par le patron du CNID, d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur quelques faits importants qui ne présagent pas de lendemain meilleur pour notre pays, à moins que ceux qui sont au pouvoir ne revoient la gestion du pays. Le président Tall a dénoncé avec insistance, la militarisation des organes de la transition et de l’appareil administratif, le non respect de l’Etat de droit, les conditions opaques et bureaucratiques du processus de révision constitutionnelle et la mise en place de conditions pour une cession planifiée du pouvoir en lieu et place d’élections crédibles et démocratiques. Selon Me Tall « la refondation est jetée aux oubliettes au profit d’une transition de continuité ». Les différents patrons de la presse qui ont pris part à la cérémonie aux cotés du président Tall ont unanimement salué le noble combat mené par cet avocat pour la cause de la démocratie et de l’Etat de droit respectueux de la liberté de la presse. La cérémonie a eu lieu, hier, mercredi 13 janvier 2021 dans les locaux de la Maison de la presse.

Cette cérémonie de présentation des vœux du parti CNID Faso yiriwaton s’est déroulée en présence des patrons de la presse, notamment le président de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné, celui de l’Union nationale des journalistes du Mali (UNAJOM), Fakara Fainké, de l’Association des éditeurs de la presse privée (ASSEP), Basidiki Touré et de l’Union des radios et télévisions libres (URTL), Bandiougou Danté.

Dans sa prise de parole, le patron de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné, a d’emblée rappelé les nombreuses actions menées par Maître Tall pour défendre les hommes de médias. « C’est notre ami et c’est notre défenseur. C’est lui qui a ouvert la porte à ceux qui viennent présenter leurs vœux à la presse», a révélé le président de la Maison de la presse. Ces propos ont été confirmés par le président de l’URTL et de l’ASSEP, qui ont, chacun à leur manière, rendu un hommage méritant à cet homme de droit et président de parti pour ses efforts inlassables en faveur de la presse. L’homme dont il est question, Mountaga Tall, puisque c’est de lui qu’il s’agit, demeure un monument de la démocratie, si l’on s’en tient aux propos de Bandiougou Danté. « Maitre Tall est un défenseur de la démocratie et de la liberté d’expression. Nous avons toujours besoin de lui puisque des menaces pèsent sur cette liberté d’expression, et rencontrer Tall est une chance exceptionnelle pour nous», a-t-il dit.

Fidèle à la devise de son parti qui est « rassembler pour construire », le président du CNID Faso yiriwaton, Me Mountaga Tall a, dans ses premiers mots, souhaité une très bonne et heureuse année 2021 à l’ensemble de la presse dans sa globalité avant de faire observer une minute de silence à la mémoire de nos disparus. Il s’est dit inquiet des atteintes à la liberté de presse au Mali à travers les détentions préventives. Comme solution, l’avocat Tall envisage au moins deux mesures. La première porte sur l’abrogation immédiate de l’instruction N° 2366/MATD-SG du 18 décembre 2020 relative à l’application de l’état d’urgence. De l’avis de Me Tall, cette mesure, sous le couvert de la lutte contre la covid-19, fait planer des menaces sur toutes les libertés individuelles et collectives. La seconde mesure d’après le président Tall consiste à dépénaliser les délits de presse. « Je ne confondrai jamais cette mesure avec l’irresponsabilité des acteurs des médias qui doivent répondre des manquements dont ils se rendraient coupables, soit par le jugement de leurs pairs qui, pour moi, est la pire des opprobres, soit par des sanctions pécuniaires appropriées », a-t-il précisé.

La question de la formation des journalistes, la viabilité des entreprises de presse et la hausse de l’aide publique à la presse sont des soucis partagés par le président du CNID.

En outre, le président Tall a rappelé les moments difficiles que le peuple malien a traversés durant l’année écoulée du fait de la pandémie du coronavirus, qui est devenue selon ses propos, le corona-business, les grèves à répétition, la chute d’un régime qu’il a qualifié de honni et l’aggravation de l’insécurité.

Selon l’avocat Tall, l’action héroïque et patriotique du M5-RFP (Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques) a été soldée par la chute du régime défunt après l’intervention du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), lequel, aux dires de Tall, n’a jamais su établir une coopération dynamique avec le M5-RFP. Selon l’orateur, même en dehors des organes de la transition, le M5-RFP continue de prôner une transition de rupture et non une rupture de la transition.

Pour le président du CNID qui dit inscrire ses actions dans celle du M5-RFP, la transition qui est en cours est sur une très mauvaise trajectoire qu’il convient, pour le bien de nous tous, de redresser au plus tôt. Parlant de cette transition, Me Tall a précisé ce qui suit « la militarisation à outrance des organes de la transition et de l’administration publique dont la dénonciation ne concerne en rien l’armée en tant que telle, les violations réitérées des textes adoptés par les autorités mêmes qui les ont édictées, le non respect de l’Etat de droit avec notamment, les arrestations extrajudiciaires, la volonté clairement affichée de procéder à une mainmise totale sur l’administration, sont autant de faits qui fragilisent la transition et l’éloignent de ses objectifs initiaux et naturels ». Et le président du CNID de poursuivre : « A cela s’ajoutent les conditions opaques et bureaucratiques du processus de révision constitutionnelle et la mise en place de conditions pour une cession planifiée du pouvoir en lieu et place d’élections crédibles et démocratiques dont nul ne voit les prémisses. La refondation est jetée aux oubliettes au profit d’une transition de continuité. »

Parlant de notre patrimoine commun à nous tous qu’est le Mali, le président Tall a laissé entendre que « cette ancienne et fière nation est aujourd’hui par terre, parfois piétinée. Nous en sommes responsables et malades et ne pouvons accepter cet état de fait. Relever notre patrie et lui redonner sa dignité d’antan est le sens ultime de notre combat. Tous ensemble, menons le à son terme.»

Cette apparition de Me Mountaga Tall devant les journalistes pour présenter les vœux de son parti sera sûrement une dernière pour lui en tant que président du CNID. En effet, il a rappelé, lors du 7ème congrès ordinaire du parti tenu à Bamako le 26 décembre dernier, qu’il ne souhaite plus diriger ce parti qui se positionne comme la 5ème force politique du pays.

Source: Le Républicain