IMPACT DE LA COVID-19 SUR LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES AU SAHEL: De 40.63 % avant la pandémie à 52.18 %, soit 12% d’augmentation

IMPACT DE LA COVID-19 SUR LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES AU SAHEL: De 40.63 % avant la pandémie à 52.18 %, soit 12% d’augmentation

Une étude montre que sur une population totale de 1056 femmes/filles dans six pays enquêtés, le total des violences conjugales, qu’elles soient physiques ou verbales, passent de 40.63 % avant la crise du COVID19 à 52.18 % durant la crise liée à la pandémie soit un taux d’accroissement de 12%.

Ces chiffres sont issus du rapport d’une enquête commanditée par l’ONG “Justice and Dignity for the Women of Sahel (JDWS), en français : “Justice et Dignité pour les Femmes du Sahel (JDFS)”, sur l’impact de la pandémie liée au COVID-19 sur les violences faites aux femmes et aux Filles au Sahel, notamment dans six pays : le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Sénégal. L’objectif final de cette étude est surtout de contribuer à la conception et au développement de voies pratiques et concertées en faveur de la prévention des VBG, même sous la contrainte d'une crise comme celle du COVID-19.

La Maladie étant devenue la pandémie mondiale la plus rapide de ce siècle, surmontant les défis de santé publique et socio-économiques, pour lutter contre elle, les gouvernements et institutions spécialisées ont pris des mesures draconiennes sans précédents exigeant de multiples contraintes à notre mode de vie quotidien. Parallèlement et face aux tensions économiques, les craintes grandissent quant à leur capacité de surmonter la redoutable crise. La pandémie a un impact particulièrement marqué dans les pays où les capacités gouvernementales sont déjà limitées, aggravant ainsi les inégalités et les vulnérabilités existantes. La crise liée au COVID-19 devrait également augmenter les niveaux de violences perpétrées contre les partenaires intimes, en raison de l'imposition de restrictions, notamment de mouvement, ce qui augmente l'exposition aux partenaires violents.

À son tour, l'augmentation des contraintes des ménages en raison des tensions économiques pourrait favoriser le stress de celles-ci et augmenter les violences dans les dits ménages.

Cette situation est particulièrement aggravée au Sahel, du fait notamment des événements survenus depuis 2012 en relation avec les multiples conflits armés, le terrorisme et aux changements climatiques. En conséquence, (l’UNFPA, 2020) (Fonds des Nations Unies pour la population) a prédit que la pandémie risque de saper les efforts fournis depuis des décennies pour mettre fin à la violence basée sur le genre, en réduisant les voies de protection et les services sociaux en faveur des victimes des dites violences et en augmentant l'incidence de la violence à travers le monde.

A propos de ces violences liées au genre, La Rapporteuse spéciale des Nations Unies ‘’Dubravka Simonovic’’a également affirmé, qu’il est très probable que les taux de violence domestique généralisée augmenteront en raison de cette pandémie.

Pour de nombreuse femmes et enfants, le domicile peut être un lieu de peur et d'abus en raison des nouvelles exigences de la crise. Il est essentiel, à la lumière de cette situation sans précédent, de comprendre l'impact du coronavirus sur les ménages souffrant de VBG.

Contexte et Justifications

Au Sahel, les causes fondamentales des violences faites aux femmes et aux filles résident dans les fortes inégalités structurelles entre les sexes, le non-respect des droits humains et l’abus de pouvoir masculin dans des sociétés où le système du patriarcat a toujours prévalu. Les événements multiples comme les sévères changements climatiques, le terrorisme et les conflits armés qui secouent la sous-région ouest-Africaine accentuent les violences basées sur le genre.

Dans cette région du monde, les femmes et les filles sont depuis la nuit des temps victimes de ces violences. En raison des pesanteurs socio-culturelles, les femmes et les filles payent un lourd tribut, du fait des structures sociales qui les discriminent, subjuguent et minent leur bien-être. Elles travaillent 18h/24, se réveillent avant tous les membres de la famille, pour ne se coucher qu’après toute la famille. Ces violences commencent généralement très tôt, depuis l’enfance pour s’accentuer à l’âge adulte.

Malheureusement, elles sont ancrées, maintenues et justifiées par des normes sociales. Les filles au Sahel notamment, sont entre autres victimes de mutilations génitales féminines, d’attouchements sexuelles, pédophilie et/ou inceste, dans leur enfance et de harcèlements sexuels, de viols, de mariages précoces et/ou forcés (qui entrainent l’arrêt de leur scolarité et les affectent autant psychologiquement que financièrement), répudiation ou de divorce, plus souvent, prononcé à leurs tords, même quand elles sont dans leurs droits.

Humiliées, parfois battues et économiquement discriminées, elles n’ont d’autres options que de se murer dans la soumission et confier leur sort à la fatalité. Même quand un corpus juridique national et international favorable à la protection de leurs droits, existe, son application est très timide et ceux qui en sont chargés, sont dans leur quasi-majorité des hommes. Bien avant l'impact de la pandémie de COVID-19, une très grande partie de la population de cette partie de l’Afrique de l'Ouest dépend depuis longtemps de l'aide humanitaire.

Convaincus que cette situation mérite un traitement adéquat dans l’urgence, l’ONG (JDWS) a décidé de mener la présente étude et de la soumettre aux partenaires, notamment des pays Sahéliens. En effet, en raison de la réduction, voire de l’arrêt de la mobilité dans de nombreux endroits, afin de limiter la propagation du virus, les femmes se sont retrouvées confinées avec leurs agresseurs, sans possibilité d'évasion. De plus, certains refuges qui auparavant étaient suffisamment accessibles aux femmes ayant besoin de fuir leurs agresseurs ne sont le sont plus.

Collecte de données

L’enquête a été lancée par l’ONG JDWS sur une période d’environ 03 semaines allant du 04 juin 2020 au 25 juin 2020 afin de suivre l’évolution des comportements en termes de violences et de leur croissance sous la crise du COVID-19. La participation des répondants à l’enquête était strictement volontaire, confidentielle et n’était liée à aucune forme de compensation. Aucune information d'identification n'a été recueillie sur les répondants. Elle a été réalisée en ligne (utilisant principalement google Forms) à travers des questions ouvertes et simples en direction des femmes et filles de tous les âges dans les six principaux pays du Sahel.

Le rapport indique qu’un total de 1056 réponses, reparties respectivement du plus élevé au plus bas nombre : le  Mali avec  415 réponses soit 39%, Sénégal avec 201 réponses soit 19%, le Burkina Faso avec 187 réponses soit 18%, le Tchad avec 102 réponses 9,2 % , la Mauritanie avec 99 réponses soit 9%, et le Niger avec 52 réponses soit 5%.

Analyse des données

Les données recueillies affichent avec précision l’évolution des comportements en termes de violence conjugales d’avant le covid-19 et sous la crise de la Pandémie. En effet, les restrictions dues aux mesures barrières imposées aux populations ont réduit aussi bien la mobilité que les activités génératrices de revenue quotidiennes des femmes et des filles.

Ainsi, selon les résultats de l’enquête, sur les 1056 femmes/filles interrogées, 429 ont déclarées avoir subies des violences conjugales physiques et/ou morales. Celles-ci sont de différentes natures, il s’agit entre autres des intimidations, des insultes, d’humiliations, des coups et blessures et souvent des menaces de mort. Certaines femmes vont jusqu’à affirmer subir des maltraitances pendant la période de leurs grossesses.

Mali de 43% avant COVID-19 à 54% durant le COVID19

D’autre part, le taux de pourcentage des violences conjugales par pays avant la crise sanitaire du Covid-19, selon les données de chaque pays enquêté est fonction de la taille de réponses recueillies de la part des femmes et filles dans chacun des six pays. Avant la crise du COVID-19, le taux de violences conjugales se décline respectivement du plus élevé au plus bas comme suit : le Sénégal avec le plus grand taux de violence basée sur le genre. En effet sur 201 femmes interrogées, 163 affirment avoir subies des violences conjugales physiques ou morales, soit 81%. Ensuite viennent respectivement le Tchad (50%) des femmes interrogées affirment avoir subies des violences soit physiques soit verbales, le Mali (44%), la Mauritanie (11%) pratiquement verbales certainement en raison de la culture de la Mauritanie par rapport aux femmes, le Burkina Faso (10%) et le Niger (6%) également due au fait que les femmes ne s’expriment généralement pas assez sur leurs conditions générales de vie conjugales.

L’étude montre enfin que sur une population totale de (1056) personnes enquêtées dans les six pays, 429 femmes et/ou filles soit environ 41% déclarent avoir subies des violences soit physiques ou verbales. Quant à la situation de ces violences pendant la crise du COVID19, les résultats de l’étude des violences avérées dans chacun des six pays isolement avant de donner le résultat général concernant la totalité des pays enquêtés.

L’étude montre que durant la crise le Sénégal semble être encore le pays avec le taux de violences liées au genre le plus élevé; en outre sur les 201 femmes et/ou filles interrogées, 193 affirment avoir subies des violences conjugales physiques ou morales, soit 96% durant la période de restrictions lies au COVID-19. Ensuite viennent respectivement, le Tchad (80%), le Mali (54%), la Mauritanie (16,16%), le Burkina Faso (15,51%) et le Niger (14%).

Durant la crise de santé liée au Covid19, l’étude montre que sur la population totale (1056) dans les six pays enquêtés, 551 soit environ 53% déclarent avoir subies des violences conjugales soit physiques ou verbales durant la crise liée au COVID-19.

Enfin, le résultat final de l’enquête relative à l’impact du Covid-19 sur les violences faites aux femmes et aux filles au Sahel confirme que sous la pandémie du Coronavirus, il y a eu une croissance significative des violences conjugales dans tous les six pays du Sahel enquêtés. Selon les résultats de l’enquête, ce taux de croissance de VBG durant le COVID-19 vaut respectivement du plus élevé de 30% au Tchad, près de 15% au Sénégal, 11% au Mali, 10% au Burkina Faso,  7% au Niger.

Le Tchad connait la plus forte augmentation de violence conjugale soit 30% de plus, le Sénégal passe de 81% de violence conjugales à 96% soit une croissance de près de 15%, le Mali est le deuxième pays avec un taux élevé de 43% avant COVID-19 contre 54% durant le COVID19 soit une augmentation de la violence de 11%. Le Niger passe de 5% à 13%, le Burkina Faso de 10% contre 16% soit une augmentation de 6%, et la Mauritanie, comparée aux autres pays du sahel subit moins l’impact de la crise du COVID19, 11 % contre 16% soit une augmentation de 5 %.

L’étude montre, enfin que sur une population totale de (1056) femmes/filles dans les six pays enquêtés, le total des violences conjugales qu’elles soient physiques ou verbales passent de 40.63 % avant la crise du COVID19 à 52.18 % durant la crise liée à la pandémie soit un taux d’accroissement de 12%.

Cyril ADOHOUN

Source: l'Observatoire