Bamako : Démolition des concessions sous la Dictature et sous la Transition

Bamako : Démolition des concessions sous la Dictature et sous la Transition

Le jeudi 14 Janvier 2021, les autorités de la Transition ont ordonné la démolition « pour occupation illégale » de centaines de concessions bâties dans la zone aéroportuaire de Bamako, motif évoqué : le risque du retrait de la licence de l’Aéroport International Président Modibo KEITA par les responsables de l’aviation civile internationale.

Sous la menace des bulldozers et des forces de l’ordre, des dizaines de familles, qui détiennent pourtant des permis d’occuper délivrés par le Maire du District de Bamako, furent jetés dehors dans la plus grande précipitation.

Les autorités de la transition n’avaient–elles pas d’autres opportunités de s’illustrer que de démolir des concessions causant de la souffrance à des maliens en ces moments de dures épreuves que vit notre pays ?

La douleur des victimes de la zone aéroportuaire pouvait être quelque peu atténuée si des mesures d’accompagnement avaient été prises avant la démolition des concessions.

Tel fut le cas lors de la démolition du quartier spontané de Garantiguibougou en Commune V du District de Bamako survenue le 1er Février 1990, suite à la construction du second pont de Bamako et de ses voies d’accès.

L’annonce de la démolition de Garantiguibougou « pour nécessité d’utilité publique » a été faite par l’ancien ministre des Travaux publics Cheick Oumar DOUMBIA, lors de la présentation de la maquette du pont le 28 décembre 1988 en présence du Général Moussa TRAORE. Prenant la parole, le chef de l’Etat a demandé que tous les problèmes liés à la construction du pont soient résolus « humainement et politiquement ».

En réaction à cette déclaration ferme de Moussa TRAORE, dont le régime est pourtant considéré comme dictatorial, deux (02) commissions-politique et technique-furent mises en place pour gérer les incidences du  passage des voies d’accès du Pont sur les Populations riveraines, notamment à Garantiguibougou où la construction d’un échangeur devait entrainer la démolition de tout le quartier.

L’ancien gouverneur de Bamako Yaya BAGAYOGO a rencontré les habitants de Garantiguibougou devant la mairie de la commune V le 03 décembre 1989 pour les informer sur les dispositions prises en vue de leur recasement à Kalaban Coura sud extension en commune V du District de Bamako où 1000 (mille) lots à usage d’habitation ont été bornés.

Les habitants de Garantiguibougou ont alors appris avec grande satisfaction que tous les chefs de famille recevront gratuitement des lots de compensation en plus de l’octroi gratuit des autorisations de construire et des permis d’occuper.

Cinq (05) forages équipés de pompe ont été réalisés sur le site de recasement et du banco extrait des carrières proches mis à la disposition des familles qui souhaitaient utiliser cette matière pour construire rapidement leurs maisons sans aucune prohibition.

Le Gouverneur a mis un car à la disposition des bénéficiaires de lots de compensation pour les transporter sur le site de recasement où des techniciens indiquaient l’emplacement de leurs parcelles. C’est à la fin de cette opération d’identification des parcelles que les habitants de Garantiguibougou commencèrent à démonter les toitures de leurs maisons, à préparer leurs bagages, à récupérer tout ce qui peut être utile comme les tôles, les briques et même les arbustes. Ils abandonnèrent ensuite le quartier laissant derrière eux des maisons béantes à la merci des bulldozers.

Pour des raisons humanitaires et sur instructions du Général Moussa TRAORE, des avantages inédits furent accordés aux habitants du quartier spontané de Garantiguibougou en commune V alors qu’ils ne détenaient aucun document autorisant une occupation de la zone.

Les autorités de la transition sauront – elles user d’humanisme et surtout de justice sociale pour soulager et dédommager les victimes de la zone aéroportuaire détentrices de permis d’occuper ?

Source : 22 Septembre